The Link sera-t-elle la tour de trop à La Défense ? Alors que l’enquête publique du projet développé par l’assureur Groupama pour accueillir d’ici 2023 le nouveau siège de Total doit s’achever à la fin de la semaine, le futur gratte-ciel géant inquiète déjà élus et associations qui craignent à terme une saturation de la ligne 1 du métro et plus particulièrement la station Esplanade de La Défense.

Du haut de ses 244 mètres le building de 125 000 mètres carrés hébergera pas moins de 6 500 collaborateurs et prestataires de Total. Une grande partie de ses équipes, 87 % selon le dossier d’enquête publique se rendront alors quotidiennement sur leur lieu de travail en transport en commun. Et selon l’enquête qui se base d’après une enquête de 2014, les salariés actuels du quartier se répartissent pour 52 % vers la station Esplanade de La Défense, 45 % vers celle de La Défense et 3 % vers les différents arrêts de bus.

L’arrivée de tous ces nouveaux salariés fait donc craindre une asphyxie de la station Esplanade fréquentée quotidiennement par 40 000 personnes. Toujours d’après l’enquête publique, 2 046 personnes supplémentaires prendront les transports en commun à heure de pointe du matin et 1 519, le soir.

L’épais dossier parle d’une situation « contrainte » où la station est « en limite de saturation » à cause de son quai central et un trafic voyageurs « très élevé ».

Les élus Communistes de Paris s’inquiètent du projet

Une situation à venir qui a de quoi inquiéter. Lors du conseil de Paris le 6 février dernier, l’élu communiste Jean-Noël Aqua a fait part de ses réserves demandant à la municipalité d’Hidalgo d’émettre un avis défavorable dans l’avis d’enquête publique. « L’augmentation constante de la concentration immobilière tertiaire à l’ouest de Paris, précisément dans le quartier de La Défense, pose un véritable problème de déséquilibre ‘habitat-emploi’, s’alarme l’élu. La ligne 1 du métro, un très principal vecteur sur l’axe est-ouest transporte 750 000 personnes par jour […], actuellement aucun élément sur la saturation du métro et l’impact de l’immeuble The Link ne figurent dans le dossier d’enquête publique ».

Un vœu des communistes parisiens qui n’aura pas été suivi par la majorité municipale : « Je partage la préoccupation concernant la saturation du RER A et de la ligne 1 du métro qui arrivent à saturation. Il est clair que la capacité d’absorption de La Défense est limitée. Plutôt que de nous opposer au projet The Link pour lequel la ville de Paris n’aura pas un grand impact, je vous propose (message pour le groupe communistes, ndlr) d’interpeler Ile-de-France mobilités afin que les études pour le prolongement de la ligne 1 vers Val de Fontenay accélèrent, permettant de réduire l’intervalle entre deux trains de 105 à 85 secondes et de désengorger la fréquentation », lui a répondu l’adjoint au maire, Jean-Louis Missika.

Il y a tout juste un an le préfet de région, Michel Cadot avançait quant à lui dans une lettre adressée à la maire de Puteaux la saturation de la station Esplanade de La Défense. Il avait alors ajourné la demande d’agrément du projet, étape indispensable au dossier de permis de construire avant de finalement donner son feu vert en avril 2018.

La FNAUT craint aussi une saturation

La crainte d’une congestion de la station Esplanade n’inquiète pas que les élus. A la Fédération des usagers des transports en commun, la FNAUT c’est aussi l’inquiétude. « Cette station a la particularité d’avoir un seul quai central, et déjà aux heures de pointe elle est très chargée, surtout quand il y a un incident sur la ligne et que les gens doivent attendre. Aujourd’hui il y a différents projets de construction de tours, dont The Link qui serait desservie essentiellement par Esplanade de La Défense. Donc on peut imaginer qu’il y aura rapidement une saturation permanente. C’est la raison de notre inquiétude, confie Bernard Gobitz, l’un des vice-présidents de la FNAUT qui assure que son association n’est pas opposée au projet et ne déposera pas d’éventuel recours. C’est juste un signal d’alarme tiré ».

Les usagers semblent eux aussi inquiets pour l’avenir. « Ce n’est déjà pas évident en ce moment, alors avec ces nouvelles tours… », s’inquiète Vincent, un salarié du quartier. « Ça dépend des heures, lâche pour sa part Annie. Le soir c’est parfois l’horreur ». Abdel est du même avis : « Quand tout va bien ça va, par contre dès qu’il y a un problème avec le RER A c’est un véritable cauchemar car il y a un rapport des voyageurs ».

Différents projets pour décongestionner la station

Alors que faire pour éviter l’overdose de cette station ouverte en 1992 dans le cadre du prolongement de la ligne 1 vers La Grande Arche ? Pour Bernard Gobitz il y a bien une solution : « Il y a un projet de la RATP qui consiste à construire un second quai décalé ». Ce nouveau quai sera alors construit dans la continuité de l’existant. « Le quai actuel serait réservé à un sens de circulation et le nouveau à l’autre sens », explique Bernard Gobitz.

Pour tenter de trouver une solution la RATP dit avoir lancé en juin 2018 un comité co-piloté par la Région Ile-de-France, le conseil Départemental des Hauts-de-Seine, avec des membres d’Ile-de-France Mobilités, de Paris La Défense, de la DRIEA, des communes, des maîtres d’ouvrage et des transporteurs. Sans vraiment donner de détails la RATP indique reconnaitre que le sujet de la station d’Esplanade « doit faire l’objet d’une étude d’adaptation, en cours de définition, permettant de répondre à l’évolution de la demande prévue autour de la station notamment du fait de la construction de nouvelles tours dans ce secteur ».

A court terme, une solution de « lissage des horaires » des salariés du quartier a déjà été mise en place il y a quelques mois par l’établissement public Paris La Défense. Cette solution propose aux collaborateurs de grandes entreprises de La Défense partenaires de l’opération de décaler les heures d’arrivée et de départ étalant ainsi l’heure de pointe. En parallèle Paris La Défense dit travailler sur l’amélioration de son Plan vélo avec un projet de passerelle reliant la Ville de Neuilly à La Défense pour faciliter l’accessibilité en vélo depuis la capitale. Le prolongement d’Eole vers La Défense pour 2022, puis Mantes-la-Jolie en 2024 devrait permette également de régler une partie du problème de la saturation de la ligne 1 du métro et de la A du RER. A plus long terme, à partir de 2030 la ligne 15 du Grand Paris devrait compléter l’offre de transport en commun du quartier d’affaires.