Un jour peut-être, franchir la Seine entre La Défense et Neuilly, lorsque l’on est piéton ou cycliste, sera encore plus simple. Cela fait des années que l’établissement d’aménagement et de gestion du quartier d’affaires table sur un projet de liaison entre les deux rives du fleuve. A l’époque de l’Epadesa (l’ancien établissement d’aménagement de La Défense, fusionné en 2018 avec Defacto, le gestionnaire pour former Paris La Défense) pensait recouvrir l’actuel pont de Neuilly afin de prolonger la dalle de La Défense. Trop couteux, le projet est vite tombé aux oubliettes. Mais l’idée de faciliter la traversée pour les piétons et cyclistes est toujours présente dans les cartons de Paris La Défense. Depuis quelques années, l’établissement projette d’édifier un ouvrage d’art pour enjamber la Seine et l’ile de Puteaux (ile, qui bénéficie depuis septembre 2019, plus au sud d’une nouvelle passerelle), au nord du pont de Neuilly, c’est-à-dire à droite quand on vient de Paris.

Mais pour lancer ce vaste projet chiffré par Paris La Défense à 35 millions d’euros, l’aménageur doit obtenir plusieurs feux verts, dont celui de la mairie de Neuilly. Et c’est là que ça coince. Le maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin (DVD), a émis un avis défavorable au projet d’étude de cette passerelle lors du dernier conseil municipal qui s’est tenu la semaine dernière. Comme le rapporte Le Parisien l’édile a défendu  son choix en expliquant ne pas vouloir donner une carte blanche à Paris La Défense.

« Il n’est pas question de la passerelle, il est question de ne pas abandonner à un tiers, l’établissement public Paris La Défense dont la ville n’est pas membre, l’étude et la réalisation d’un projet où la ville n’aura pas son mot à dire à titre décisionnaire et où elle n’aurait qu’un avis consultatif », s’est exprimé le maire de Neuilly.

Sauf que cette décision de fermer la porte pour le moment, au projet est mal passée dans l’opposition, au moment même où la mobilité urbaine fait de plus en plus place aux circulations douces. Les cyclistes aussi ont critiqués cette position. « Alors que nous comptons 600 vélos par heure, le soir, sur la piste cyclable provisoire du pont de Neuilly et que le maire aménage une piste sur les allées de Neuilly, avec cet avis défavorable, il met en échec sa propre réalisation », s’est offusqué Charles Poretz, membre de Neuilly à Vélo au Parisien. De son côté, Florence Maurin-Fournier (LR) dit ne pas comprendre cette décision puisque ces études seront financées par Paris La Défense et non la ville de Neuilly.

Contacté par Le Parisien, l’établissement Paris La Défense ne compte pas renvoyer son projet aux oubliettes. « Le maire de Neuilly a été informé en septembre 2019 par un courrier de Patrick Devedjian (l’ancien président des Hauts-de-Seine et de Paris La Défense, décédé du Covid-19 en mars dernier, ndlr), puis invité au conseil d’administration de Paris La Défense où il ne s’est ni rendu, ni fait représenter », regrette l’établissement public qui affirme au quotidien ne pas avoir réussi à « travailler avec les services techniques de Neuilly, pourtant sollicités ».

Si Jean-Christophe Fromantin a affirmé que sa municipalité a déjà participé à des réunions techniques, il a en revanche dit « assumer » son absence au conseil d’administration pour « ne pas venir comme simple spectateur ».

Mais ce n’est pas tout, la majorité municipale a affirmé que le projet posait « des problèmes de forme » puisque le ministère de la Cohésion des territoires a été saisi par l’établissement public Paris La Défense, sans consultation préalable de la ville de Neuilly. Une affirmation que dément l’établissement Paris La Défense.

Franchir la Seine par cette hypothétique passerelle n’est donc pas pour toute de suite. L’établissement public Paris La Défense et la ville de Neuilly vont devoir trouver un terrain d’entente pour mener ce projet, qui s’il se réalise demanderait de très longs mois de travaux. En attendant, la traversée du fleuve continuera de se faire par les trottoirs du pont de Neuilly. Les cyclistes peuvent eux profiter de la « Coronapiste », la piste cyclable provisoire aménagée sur l’une des voies du pont. Pont que la ville de Neuilly veut cependant améliorer avec la remise en service de l’éclairage.