Un an à peine après avoir été révélée l’affaire est déjà passée devant les juges. En mars 2019, la Fédération de Paris, des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne pour la Pêche et la Protection du Milieu aquatique (FPPMA) disait avoir découvert avec effroi d’importants rejets de béton dans la Seine émanant d’une centrale à béton de Dodin Campenon Bernard servant au chantier d’Eole. Pendant plusieurs mois cette filiale de Vinci avait déversé, accidentellement dit l’entreprise, une importante quantité de résidus de sables et ciments dans les berges du fleuve.

L’affaire qui avait fait grand bruit à l’époque a trouvé son épilogue ce mercredi 11 mars. La filiale du géant français du BTP vient d’être condamnée à une amende de 90 000 euros, dont 40 000 euros avec sursis. Cette décision avait été négociée au préalable avec le parquet dans le cadre d’une procédure de « comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité » validée par le tribunal de Nanterre qui a en revanche, pour raisons techniques, dû repousser les débats sur les dommages et intérêts au 18 septembre.

Si la justice est passée rapidement, la Fédération Nationale de la Pêche à l’origine de cette découverte estime la sanction dérisoire. « 90 000 euros, ça ne représente au final pas grand-chose au regard du préjudice environnemental dont cette entreprise est responsable. Il ne faut pas oublier qu’à cet endroit de la Seine, c’est toute une faune qui a disparu », a confié un agent de développement de la FPPMA au Parisien.

La fédération est d’autant plus agacée de la sentence qu’elle dit ne jamais avoir été entendue par le procureur alors que c’est grâce à elle que l’affaire avait été révélée. C’est lors d’un contrôle de routine que le 19 mars 2019  la fédération s’était rendue compte des dégâts et avait donné l’alerte.

Une amende qui laisse un goût amer à l’AFPPMA

Si du côté de la fédération de pêche et de protection des milieux aquatiques on peste  contre la condamnation, chez Vinci la décision est saluée. « Le tribunal a constaté, comme le parquet, que ce déversement était accidentel et que ses effets étaient limités sur une surface de 25 mètres carrés », s’est réjoui Me Philippe Goossens, l’avocat de la filiale de Vinci, auprès de nos confrères du Parisien.

L’issue de cette affaire laisse comme un goût amer pour l’AFPPMA qui accuse la filiale de Vinci d’avoir délibérément « creusé une fosse, réalisé une rigole en direction de la Seine et installé une pompe » mais aussi « démonté » une partie du grillage pour faciliter l’écoulement des boues.

L’avocat Me Laurent Bennarous qui représentait plusieurs associations environnementales, constituées parties civiles dans ce dossier, s’est agacé que la justice ait retenu le « caractère involontaire », d’après le Parisien. « Les constats réalisés sur place par les associations montraient de façon évidente que ce déversement de béton était au contraire parfaitement volontaire, appuie-t-il. Le tout sur une durée de dix-huit mois ».

Des accusations qu’avait vivement rejeté le président du groupe Vinci, Xavier Huillard lors de son audition le 29 mai 2019 par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat. Le numéro un du BTP français s’était alors défendu en expliquant que ces rejets de résidus de béton étaient dûs à un trop-plein des cuves de décantation.