Sur les berges de la Seine la terre et le sable ont laissé place à du… béton. C’est lors d’une inspection de routine en mars dernier le long du fleuve qu’un garde-pêche assermenté de l’association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPMA 92 & 75 ouest) a découvert avec stupéfaction un important rejet de ciment à Nanterre, devant une usine à béton du chantier Eole. L’affaire a été révélée ce mercredi par Europe 1. Implantée à Nanterre, au bout de l’avenue Jules Quentin, cette usine de fabrication appartenant au groupement « é-Def », mené par le groupe Vinci Construction -dont le siège est ironiquement situé dans la même avenue- est en charge de la fabrication d’une partie du béton du chantier du prolongement du RER E dans le secteur de Nanterre.

Photo prise par l’Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPMA) sur un chantier de Vinci à Nanterre, montrant le déversement d’eaux polluées de résidus de béton dans la Seine – AAPMA

Depuis déjà dix-huit mois les eaux de nettoyage des cuves des camions toupie étaient déversées dans une grande fosse à ciel ouvert, creusée à même le sol, détaille la radio. Ces eaux salles se déversaient alors directement dans le fleuve en contrebas. Le grillage clôturant le chantier a même été volontairement dégradé pour mieux faciliter cet écoulement, selon les constatations effectuées sur place.

La profondeur de l’eau est passée de de 15 à 30 centimètres, contre 1,80 mètre normalement

Selon les gardes-pêche ces rejets frauduleux auraient débuté au début 2018 lors de la mise en service de la centrale. Et d’après des relevés ils sont tels qu’à certains endroits la profondeur de l’eau n’est plus que de 15 à 30 centimètres, contre 1,80 mètre normalement. Ces actes scandalisent l’association. « Je suis dégoûté que ce genre de chose puisse encore arriver », confie à Europe 1, l’un d’entre eux. « Par souci d’économie, ils se permettent de rejeter des déchets non traités. On ne peut plus se permettre de tels actes contre l’environnement, je trouve cela inadmissible ».

Photo prise par l’Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPMA) sur un chantier de Vinci à Nanterre, montrant le déversement d’eaux polluées de résidus de béton dans la Seine – AAPMA

Dans un communiqué Vinci Construction dit avoir été alerté de cet écoulement involontaire de laitance de béton (cailloux, sable et traces de ciment) le 19 mars dernier par l’association de pêcheurs (AAPPMA92) et la Fédération interdépartementale de pêche. L’entreprise de BTP assure avoir « immédiatement mis en œuvre les mesures nécessaires pour stopper cet écoulement, notamment avec le nettoyage de la zone et l’évacuation des matériaux vers des centres de traitement adéquats ».

Interrogé par la radio un responsable par intérim de la centrale avance comme hypothèse le trop-plein du système de recyclage des eaux ce qui l’a donc rendu inutilisable. Vinci qui certifie avoir pris les mesures pour stopper ces agissements explique avoir lancé une enquête interne. « Si des responsabilités individuelles venaient à être établies, des sanctions seront prises par Vinci Construction France », explique l’entreprise.

Des plaintes vont être déposées contre Vinci

Reste que cet incident n’a pas plu du tout à l’association AAPMA 92 & 75 Ouest ainsi qu’à la Fédération de Paris pour la pêche et la protection du milieu aquatique, qui selon Europe 1 ont porté plainte pour abandon de déchets, rejet en eau douce de substances nuisibles aux poissons et destruction de frayères. Ces délits prévus par le code de l’environnement peuvent entraîner des sanctions allant jusqu’à deux ans de prison et 75 000 euros d’amende aux contrevenants.


L’affaire a passablement agacé la ville de Nanterre, qui est dirigée par Patrick Jarry (Divers Gauche). Dans un communiqué la ville s’est dit « stupéfaite » et n’exclue pas elle aussi de porter plainte si « la législation le lui permet, à l’image de la démarche initiée par les Associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique ».

La ville est d’autant plus remontée puisqu’en février 2017 elle s’était opposée vigoureusement à la création de cette centrale, la quatrième sur son territoire.

Dans un tweet la présidente de la région et d’Ile-de-France Mobilités (IDFM) qui finance en partie les travaux s’est dite « scandalisée ».