Le climat devient explosif entre le promoteur Hermitage et l’établissement public Paris La Défense. Marie-Célie Guillaume, la directrice de l’aménageur, a selon le Canard Enchainé déposé une main courante au commissariat de La Défense ce lundi 22 juin pour dénoncer des menaces verbales qu’elle aurait reçues de l’un des dirigeants du promoteur russe.

Selon l’hebdomadaire satirique, l’altercation, violente s’est déroulée le 18 juin dernier en marge d’une réunion organisée au conseil départemental des Hauts-de-Seine où était abordé le sujet de ces deux tours géantes chiffrées à plus de trois milliards d’euros.

Cette réunion qui portait sur la vente de terrains par Paris La Défense à Hermitage avait réuni autour de Georges Siffredi, le nouveau président des Hauts-de-Seine et de Paris La Défense, suite à la mort de Patrick Devedjian en mars dernier, Marie-Célie Guillaume, le PDG du groupe Hermitage, Emin Iskenderov, ainsi que son vice-président exécutif et directeur financier, Gilles Soulié, mais aussi Pierre Soubelet, préfet des Hauts-de-Seine.

« Je vais détruire votre réputation »

L’homme d’affaires russe misait énormément sur cette réunion cruciale pour la suite de son projet bloqué pour de multiples raisons depuis des années. Alors que cela fait déjà deux ans que les relations sont très compliquées entre l’aménageur et le promoteur, le groupe immobilier espérait rependre les discussions avec le nouveau président. Peine perdue pour lui puisque le successeur de Patrick Devedjian lui a déclaré que son département, majoritaire dans Paris La Défense ne changerait pas de position et qu’il envisageait seulement de l’indemniser pour les frais engagés.

La réunion a donc tourné court et le la situation s’est envenimée. « Les dirigeants d’Hermitage ont réagi avec virulence, le ton est monté et le président a mis fin à la réunion […]. Gilles Soulié, s’est retourné vers moi et m’a menacé personnellement […] en hurlant après moi », rapporte le Canard qui a pu se procurer les propos figurants dans cette main courante. « Je vais détruire votre réputation, je vais vous détruire, ça ne va pas en rester là, j’ai des enregistrements, chacun ses méthodes chacun ses armes, ça va remonter très haut. Le préfet Strzoda va en être informé », lui aurait alors balancé le bras droit d’Iskenderov « devant témoin », selon la directrice de Paris La Défense. Le préfet Patrick Strzoda dont fait mention Gilles Soulié, n’est d’autre que l’actuel directeur du cabinet de la présidence de la république d’Emanuel Macron et aussi l’ancien préfet des Hauts-de-Seine.

Ni Marie-Célie Guillaume, ni Georges Siffredi, ni Emin Iskenderov n’ont souhaité commenter cette affaire. Contacté, le promoteur russe nous a répondu par un simple « pas de commentaires » par sms. Il a en revanche été un peu plus bavard avec nos confrères de Libération en affirmant ne pas avoir assisté à la réunion et dénonce par ailleurs les accusations proférées par Marie-Célie Guillaume. « Pure provocation de la part de MCG (Marie-Célie Guillaume, ndlr) qui essaie de nuire à l’image du groupe depuis un certain temps, par tous les moyens, imaginables et inimaginables !!! ».

Une brouille qui remonte à plus de deux ans

L’objet de la brouille entre Hermitage et Paris La Défense remonte à plus de deux ans déjà. En juin 2018, agacé de ne pas voir avancer le projet présenté au Mipim de 2009, Patrick Devedjian avait refusé de renouveler la convention liant les deux parties et réclamé une trentaine de millions d’euros à Hermitage pour l’immobilisation du terrain et du volume à construire, d’une durée anormalement longue. Une somme jamais versée par Emin Iskenderov. Un an plus tard, Marie-Célie Guillaume avait enfoncé le clou en nous annonçant que le projet chiffré à plus de trois milliards d’euros « était terminé ». Elle était même allée durant l’été 2019 à faire retirer de la grande maquette de La Défense présente au sein des locaux de l’aménageur les deux tours jumelles du promoteur. Devant « le blocage » par Paris La Défense de son projet, Emin Iskenderov avait déjà menacé l’établissement d’une amande d’un milliard d’euros. Paris La Défense l’avait alors rapidement renvoyé dans ses cordes en lui donnant une fin de non-recevoir par courrier quelques jours plus tard.

Et pendant ce temps-là, les Damiers Infra, Anjou et Bretagne où devraient être construites ces deux tours de 320 mètres de haut, dépérissent. Toujours dans les mains du bailleur social Ratp Habitat (ex Logis Transports), cet ensemble de 250 logements ne compte plus que deux familles récalcitrantes à partir. Leur sort sera scellé en septembre prochain. Le tribunal de Courbevoie devra statuer sur la demande d’expulsion par Ratp Habitat. Une fois entièrement vidée, les trois bâtiments sont amenés à être vendus pour une cinquantaine de millions d’euros à Hermitage qui sans attendre a déjà engagé les premiers travaux de désamiantage et curage du Bretagne.