Le quartier de La Défense, vous y travaillez ou vivez, vous y venez de temps en temps ou régulièrement. Mais savez-vous pourquoi le quartier d’affaires porte ce nom ? Pour connaitre l’origine de cette dénomination il faut remonter le temps…

Passé la Seine et le pont de Neuilly, le majestueux axe historique débuté au Louvre se prolonge jusqu’à la butte Chantecoq sur les communes de Puteaux mais aussi Courbevoie. Là une grande place est aménagée. En 1863 la statue de Napoléon Ier, installée sur la colonne Vendôme à Paris est déplacée pour orner la place de la Demi-Lune qui sera rebaptisée Rond-Point de l’Empereur. La guerre contre la Prusse exige de la mettre en sécurité dès 1870. Huit années passent, la guerre est terminée.

L’ancienne statue de Napoléon Ier – DR

Pour rendre hommage aux défenseurs de la capitale, le Conseil Général de la Seine décide d’organiser un concours pour choisir la sculpture qui symbolisera le mieux la défense de Paris. De grands noms de l’art y participent comme Gustave Doré ou Auguste Rodin, mais c’est l’artiste Louis Ernest Barrias (13 avril 1841 – 4 février 1905) qui séduira le jury par son illustration.

Si Louis Ernest Barrias imagine la statue c’est le fondeur Henri Léon Thiébaut qui la réalise. L’œuvre en bronze présente une femme, vêtue de l’uniforme de la garde nationale, appuyée sur un canon et tenant un drapeau, représentant la figure allégorique de la ville de Paris. A ses pieds les défenseurs prennent les traits d’un jeune mobile affaissé qui place une dernière cartouche dans son fusil d’infanterie à tabatière modèle 1867. Les deux figures regardaient vers Buzenval, lieu des derniers combats en janvier 1871. Enfin de l’autre côté du monument, une fillette prostrée qui, par son expression triste et son apparence misérable, personnifie les souffrances de la population civile.

Pour imaginer son œuvre Louis Ernest Barrias se serait inspiré de celle d’Amédée Doublemard, La Défense de la barrière de Clichy ou monument au Maréchal Moncey de la place de Clichy à Paris.

Le dessin de la statue de La Défense de Paris – DR

Le 12 août 1883, une foule immense, estimée à plus de 100 000 personnes, se masse pour assister à l’inauguration. La cérémonie présidée par Pierre Waldeck-Rousseau, ministre de l’Intérieur débute à 16 heures par les tirs, depuis le Mont Valérien, de vingt-et-un coups de canon. La garde républicaine joue de son côté La Marseillaise. Après les traditionnels discours rendant hommage au patriotisme des combattants et au courage héroïque des Parisiens assiégés, l’inauguration s’achève par un défilé militaire.

La fête fût toutefois perturbée par des partisans de la Commune de Paris qui troublèrent la cérémonie patriotique, en commémoration des affrontements du 2 avril 1871 entre les fédérés de la garde nationale et l’armée versaillaise du gouvernement issu des élections du 8 février 1871 réfugié à Versailles. Un drapeau rouge est brandi et certains scandent « longue vie à l’amnistie, longue vie à la république sociale ».

Passé la cérémonie et la fête, le public peut enfin découvrir la statue de Louis Ernest Barrias trônant au milieu de la grande place. L’œuvre repose sur un socle en granit monumental, entourée d’une grille en fer, ornée d’une lanterne à gaz aux quatre angles.

La Statue de La Défense en 1905 – DR

Nommée « La Défense de Paris », la statue donne rapidement son nom au rond-point ainsi qu’à l’avenue qui rejoint le Pont de Neuilly. Dès 1928 le code La « DÉF » ense sert comme indicatif téléphonique pour la ville de Courbevoie. Il sera remplacé par la combinaison « 333 » en octobre 1963. L’idée d’aménager un grand quartier d’affaires à l’Ouest de Paris dans le milieu des années 50 va encore plus mettre l’œuvre à l’honneur puisqu’elle va donner son nom cette fois-ci à l’ensemble du quartier. La Défense est ainsi née.

Mais en 1964, l’aménagement du quartier d’affaires et la construction du futur RER A entrainent la disparition du Rond-point de La Défense et le déplacement à plusieurs reprises de sa statue. Durant près de dix ans l’œuvre disparaitra du quartier en plein chantier. L’Epad, l’aménageur de l’époque la met à l’abri avant de la réinstaller en 1983 dans un patio situé en contre-bas de l’esplanade face au Bassin Agam, quasiment à son emplacement d’origine.

L’ancien emplacement de la statue de La Défense en 2013 – Defense-92.fr

Si l’œuvre domine légèrement l’esplanade avec son nouveau socle en granit plus contemporain, Defacto (devenue Paris La Défense après sa fusion avec l’Epadesa, ex Epad) estime qu’elle n’est pas assez mise en valeur. Dans le cadre d’un programme de valorisation de ses œuvres d’art, l’établissement public la restaure puis la déplace à quelques mètres de là, au beau milieu du nouveau complexe Table Square sur un nouveau socle bien plus bas.

La statue de La Défense trône désormais devant le nouveau complexe Table Square

Rejeté par le jury dès la première selection le projet « L’Appel aux armes » de Rodin ne fût cependant pas envoyé aux oubliettes. La création de l’artiste est installée en 1937 dans le jardin du musée Rodin, selon sa volonté. Le 17 novembre 2017 le département des Hauts-de-Seine inaugure à l’occasion du centenaire de la disparition de l’artiste une réplique de la statue en bronze de 700 kilos. Ce n’est pas à La Défense que prendra place l’œuvre mais sur les marches de la nouvelles Seine Musicale située en amont de la Seine.

La réplique de la statue de Rodin – Defense-92.fr