Big Ben, Trafalgar Square et Piccadilly Circus ne font plus partie du train-train quotidien des agents de l’Autorité Bancaire Européenne (ABE, ou EBA en anglais) qui côtoient désormais la Tour Eiffel, la Grande Arche et l’Arc de Triomphe. Depuis début juin les quelques 200 salariés de cette agence européenne ont quitté le quartier financier de Canary Wharf à Londres pour celui de La Défense.

Née en 2011 après la grave crise financière de 2008 cette autorité européenne était jusqu’alors installée à Londres, dans le quartier de Canary Wharf au sein de la tour One Canada Square. Mais le vote du Brexit en juin 2016 a contraint cette agence à quitter l’Angleterre pour s’exiler sur le vieux continent. Le choix de la capitale française avait alors été retenu à la fin de l’année 2017 face à Francfort, Dublin, Luxembourg et Bruxelles, Varsovie et Viennelors d’un scrutin des 27 états membres. Et c’est au lendemain du 14 juillet 2018, que l’ABE avait choisi La Défense et sa tour Europlaza pour trouver refuge, à l’issue d’un appel d’offres.

Un voyage pour faire découvrir la capitale française aux membres de l’ABE

Si la recherche de nouveaux locaux dans la capitale française a été plutôt simple pour l’ABE, le transfert de ses 195 salariés a en revanche été un peu plus délicat. Car même si cette agence regroupe des collaborateurs venus des quatre coins de l’Europe un grand nombre d’entre-eux avaient fait leur vie outre-Manche.

Pour faire découvrir la ville lumière à ses collaborateurs l’agence a organisé un voyage découverte en octobre 2018. « On nous a mis à disposition un bus. Chaque tour recouvrait un quartier particulier », détaille Franca Rosa Congiu, la porte-parole de l’ABE. Puis chacun a été accompagné individuellement avec l’aide de Paris Région. « On a pu louer ou acheter. Il y a pas mal de collègues qui ont décidé d’acheter », assure Franca Rosa Congiu. Beaucoup ont préféré Paris comme nouveau lieu de vie, mais certains ont choisi les villes environnantes de La Défense comme Puteaux, Courbevoie ou Neuilly-sur-Seine.

Un bouleversement pour les familles des salariés de l’autorité

Ce transfert de Londres vers La Défense de l’ABE aura bouleversé la vie de bon nombre de familles. « Il y a eu un soutien pour mettre en contact les conjoints qui avaient un poste à Londres. Ils ont été mis en contact avec des agences de recrutement en France. Ça été l’un des aspects les plus difficiles. Le marché d’emploi n’est pas le même », admet Franca Rosa Congiu.

L’autre point difficile a été les enfants. « Ceux qui ont des enfants à l’école, comme il y a encore des cours, le management a décidé de donner un certain degré de flexibilité en laissant faire du télétravail », explique la porte-parole de l’ABE qui précise que cette transition ira jusqu’à la fin septembre, date de l’ouverture de l’École Européenne à Courbevoie.

« Je préfère une école bilingue pour mes enfants. Le gouvernement français a donné beaucoup de soutiens au staff pour trouver des écoles, ils nous ont donné des guides pour le système de santé », confie Katerina Karypidou, Head of Corporate Support.

« On est tous représentés ici. Il n’y avait pas beaucoup d’anglais », précise Franca Rosa Congiu. Et alors que l’agence s’attendait à au moins 30 % de démission dans ses rangs, seuls moins de 10 % de déçus du Brexit ont choisi de quitter l’ABE et de ne pas venir en France.

Des cours de français dispensés pour les salariés et les familles

Pour toute la troupe qui a dû suivre l’ABE vers la France l’apprentissage de la langue de Molière a été presque une nécessité. « Quand on a appris que nous allions venir à Paris l’agence a organisé avec le gouvernement des cours de français pas seulement pour le staff mais aussi pour les familles et les conjoints », poursuit la porte-parole de l’ABE.

Peu connue du grand public, l’ABE a désormais un rôle important dans l’économie européenne. L’agence compte trois grands départements. Le premier a pour mission de réaliser l’analyse des risques des différentes banques de l’Union Européenne avec les fameux « stress tests » ou les « Risk monitoring ». Le deuxième département est là pour produire des règles et standards européen mais aussi les orientations. Il réunit des experts bancaires et des économistes. Le troisième pôle inclut le service des paiements, la lutte contre le blanchiment d’argent ou encore la protection des consommateurs. Enfin un quatrième département qui réunit les fonctions supports (services IT, RH, communication,…) vient se greffer.