Projet des Tours Hermitage : aux Damiers les premières expulsions ont débuté

Quatre des neuf locataires du Damier Bretagne ont été expulsés ce 1er aout de leur logement par Logis Transports. Le bailleur social doit vendre ses immeubles d’habitation au promoteur Hermitage qui ambitionne de construire ses deux tours géantes.

La résidence des Damiers Infra, Anjou et Bretagne en juin 2018 - Defense-92.fr

Depuis ces derniers mois, ils vivaient avec cette épée de Damoclès. En mars dernier, lors de sa conférence de presse donnée en marge du Mipim, le salon international de l’immobilier à Cannes, le promoteur russe Emin Iskenderov se prévalait d’une décision de justice : celle de l’expulsion de neuf des dix-sept derniers occupants des Damiers Anjou et Bretagne. Le PDG d’Hermitage qui ambitionne d’ériger à la place de ces logements ses deux tours géantes de 320 mètres avait alors accusé les derniers récalcitrants de vouloir « profiter de la situation » en faisant « un chantage financier » afin d’obtenir « chacun 200 000 euros ». Il s’était défendu d’avoir fait -via le bailleur social Logis Transports toujours propriétaire des Damiers Anjou et Bretagne- entre quinze et trente propositions de relogement par famille.

Un jugement qui vient d’être partiellement appliqué ce 1er août avec ces quatre premières expulsions d’occupants du Damier Bretagne. Les cinq autres étant imminentes. Des expulsions qualifiées de « scandale d’État », par Me Armelle de Coulhac-Mazerieux, l’avocate des locataires représentés dans l’association « Vivre à La Défense », pour qui la seule faute de ses clients est de « de lutter pour la défense de leurs droits et de demander aux autorités françaises le simple respect de la loi ».

« Les locataires restants sont des personnes âgées dont une personne qui est à l’hôpital »

L’opération policière lancée dès 6h30 aura été un coup de massue pour ces habitants. « Je suis actuellement chez un ami qui nous prête à ma famille et à moi son appartement pendant ses vacances ; après je n’ai plus rien, se désole l’une des expulsés souhaitant rester anonyme. Nous étions en appel et nous pensions que la décision serait suspendue ». « Il y a une locataire qui se retrouve à la rue avec son fils et une autre qui est partie à l’hôtel. Les locataires restants sont des personnes âgées dont une personne qui est à l’hôpital », dénonce-t-elle. « Jamais je ne retrouverai l’équivalent à mon appartement », poursuit-elle.

Encore sonnée mais très en colère, cette habitante qui a vécu durant près de vingt ans dans son appartement des Damiers dénonce fermement les accusations « d’extorsion » faites par Emin Iskenderov : « On n’a jamais demandé un centime à qui que ce soit. Nous demandions que les lois soient appliquées ».

Car outre le fait que cette poignée de réfractaires n’ait jamais cessé de dénoncer le projet Hermitage Plaza en lançant une multitude de procédures judiciaires, sans jamais qu’elles n’aboutissent, leur premier combat d’origine est né lorsqu’Axa vendit en 2001 au bailleur social Logis Transport, les 250 logements des Damiers Anjou, Bretagne et Infra. Une cession de l’ensemble, opérée dans le plus grand secret selon ces locataires avertis l’année suivante, qui se seraient alors vu privés de l’exercice de leur droit de préemption.

Le financement du projet Hermitage dévoilé à la rentrée

« Contrairement à certaines déclarations affirmant qu’il n’existerait plus aucun recours juridictionnel, diverses procédures sont toujours pendantes devant les juridictions civiles, administratives et pénales », affirme l’avocate de l’association Vivre à La Défense jurant que le « combat continue plus que jamais ».

Ces premières expulsions ravissent donc le promoteur Hermitage, qui indique que d’autres procédures sont actuellement en cours pour les huit autres locataires des Damiers Anjou. Fin juillet le groupe immobilier s’était dans un communiqué félicité que le Conseil d’État lui valide ses permis de construire qui avaient été attaqués par les assureurs Allianz et Axa. Il avait par ailleurs annoncé avoir enfin finalisé le bouclage financier de cette opération chiffrée entre 2,5 et 3 milliards d’euros. Les partenaires devant être dévoilés à la rentrée et les tours inaugurés pour les Jeux Olympiques de 2024.