L’Etat cède les rênes de Paris La Défense aux collectivités locales

L’Assemblée Nationale a acté ce lundi 27 novembre la loi permettant la création de Paris La Défense, le nouvel établissement issu de la fusion entre Defacto et l’Epadesa.

Le quartier de La Défense en mai 2017 depuis l'Arc de Triomphe - Defense-92.fr

C’est fait. L’Assemblée Nationale a ratifié ce lundi 27 novembre l’ordonnance relative à la loi de création de Paris La Défense, l’établissement qui viendra au 1er janvier 2018 remplacer par leur fusion l’Epadesa (l’aménageur) et Defacto (le gestionnaire). Un mariage qui avait été annoncé en octobre 2015 par Manuel Valls, alors Premier ministre.

Cette nouvelle structure qui aménagera et gérera dès l’année prochaine le plus grand quartier d’affaires d’Europe sera désormais piloté par les collectivités locales. Le département des Hauts-de-Seine y sera largement majoritaire avec neuf sièges sur dix-sept. Les villes de Puteaux, Courbevoie et Nanterre (sur lesquelles est implanté le quartier d’affaires) et celle de Paris, la région Ile-de-France, la métropole du Grand Paris y seront associées. L’Etat sera quant à lui représenté minoritairement par le préfet de région.

Pour diriger Paris La Défense c’est Marie-Célie Guillaume, l’actuelle directrice de Defacto qui a été il y a quelques jours choisie. Le nom du président reste lui encore inconnu même si il fait peu de doute que Patrick Devedjian (Les Républicains), le président des Hauts-de-Seine et actuel président de Defacto, donné grand favori, -son département étant majoritaire dans le futur conseil d’administration de Paris La Défense- devrait prendre la fonction. Face à lui Patrick Jarry (Gauche Citoyenne), maire de Nanterre et président de l’Epadesa espère bien prendre le siège.

« Nous souhaitons (la majorité LREM, ndlr) qu’un chef de file soit clairement désigné, en l’espèce le département. Certains contestent ce choix, je peux l’entendre mais nous avons longuement auditionné les parties prenantes à ce sujet et aucune ne nous apporté de solution alternative convaincante, a déclaré Isabelle Florennes, la députée En Marche, rapporteur de la loi devant les quelques députés présents ce jour dans les rangs du Palais Bourbon. Par ailleurs les Hauts-de-Seine a une légitimité particulière engagée dans le financement déjà engagé dans Defacto, il a démontré son engagement en faveur de ce territoire ».

Un périmètre qui reprendra celui historique de l’Epad

Le nouveau périmètre d’intervention de Paris La Défense viendra reprendre celui historique de La Défense soit l’intérieur du boulevard circulaire et quelques secteurs adjacents comme les quartiers Valmy ou des Saisons. Cependant les trois villes pourront confier l’aménagement d’une partie de leur territoire « sans exclusivité ». Ainsi l’aménagement du vaste quartier Seine-Arche lancé au début des années 2000 pourra être poursuivi par le nouvel établissement.

Une mesure qui en plus d’inquiéter le principal intéressé Patrick Jarry, préoccupe l’opposition de gauche. « Si le futur établissement peut finalement s’affranchir du périmètre historique pour conduire des opérations d’aménagement sans concertation ou même sur avis simple de la commune concernée il fait peu de doute que cela contrevienne au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales », a déclaré le député Stéphane Peu (Gauche démocrate et républicaine), dans l’hémicycle, déposant un amendement afin de prévoir un « avis conforme ». Amendement qui a été immédiatement rejeté par la majorité LREM et la droite. « Si nous allions vers un avis conforme, le risque que l’on prendrait c’est que cela pourrait geler l’évolution de tous les périmètres, or nous avons dans ce secteur deux OIN (Opération d’Intérêt National) qui présentent un intérêt national » lui a répondu Jacques Mézard, le ministre de la Cohésion des territoires.

Car la ville de Nanterre n’aura elle qu’une voix dans Paris La Défense alors que le futur établissement doit prendre sous sa houlette un tiers de son territoire (400 hectares). L’édile souhaite une convention avec sa municipalité ce qui n’est pas prévu. « Quel maire accepterait que sa ville soit aménagée sans convention ? Aucun », s’agace Patrick Jarry.

Au cours des dix prochaines années de lourds investissements, chiffrés à environ 360 millions d’euros (dont 77 millions pour les équipements techniques et 130 millions pour la rénovation des tunnels) devront être consentis par les collectivités locales pour rénover le quartier qui soufflera ses soixante ans l’année prochaine. « Une part de cette somme est déjà apportée par le rendement de la gestion du site et de son aménagement », a expliqué Isabelle Florennes, la députée En Marche, rapporteur de la loi.