Inondation du RER A : le rapport accable le groupement d’Eole

Le rapport d'experts indépendants commandé par le ministère des transports après l’incident qui a paralysé le RER A durant trois jours, pointe du doigt les défaillances du groupement d'Eole emmené par Bouygues.

Plus de 25 tonnes de boues se sont déversées dans le tunnel du RER A au niveau de la Porte Maillot - RATP / Jean François Mauboussin

L’incident avait causé une énorme pagaille sur la ligne la plus fréquentée d’Europe. Plus de dix jours après l’incident qui avait inondé le RER A paralysant la ligne entre La Défense et Auber du 30 octobre au 2 novembre, la thèse d’une grave erreur d’appréciation se confirme.

Le rapport de la commission d’experts indépendants mandatés par SNCF Réseau, le maitre d’ouvrage d’Eole à la demande de la ministre des transports, Elisabeth Borne, dévoilé ce lundi soir et qu’a pu consulter Le Parisien, met en cause la responsabilité du groupement d’entreprises chargé des travaux entre l’actuel terminus d’Eole à Saint-Lazare à Courbevoie.

« Les explications orales et les rapports par le maître d’oeuvre (Setec TPI, Egis et Duthilleul) et le Groupement Eole (Bouygues Travaux publics, Razel-BEC, Eiffage Génie civil, Sefi-Intrafor, Eiffage Fondations) convergent pour dire que le forage incriminé a été réalisé par le Groupement Eole à son initiative et sans partage d’information avec la maîtrise d’oeuvre » explique le rapport.

« Vers 13 heures, le train de tiges atteint 27 mètres de profondeur et perfore un voussoir de revêtement de la voûte du RER A, détaille le rapport. Une arrivée d’eau de la nappe phréatique de fort débit (…) a rapidement été signalée dans le tunnel, ce qui a conduit à interrompre la circulation des trains », détaille le rapport. Et c’est l’absence d’intervention du géomètre qui a conduit à cet incroyable couac. « Le choix de la profondeur de ce forage d’essai peut interpeler (…) On comprend mal pourquoi ce choix s’est porté sur un site en directe interférence avec le tunnel du RER A » s’interrogent les experts dans l’enquête. Dans son rapport les experts pointent également du doigt le temps de réaction des équipes du chantier pour prévenir la RATP de cette bévue.

25 tonnes d’eau boueuse déversées dans le tunnel du RER A

Car ce manquement avait entrainé une coupure totale d’une partie de la ligne pendant deux jours et demi après que 25 tonnes d’eau boueuse d’une nappe phréatique se soient déversées dans le tunnel du RER A au niveau de la Porte Maillot. L’importante fuite avait alors dû être colmatée par 300 kilos de résines et la boues évacuée.

Un incident rarissime dont s’était excusé le 7 novembre dernier, Jean-Philippe Trin, président de Bouygues Travaux Publics. « Des circonstances de chantier défavorables ont malheureusement conduit à une erreur humaine d’implantation du forage ayant entraîné le percement du tunnel. Nous vous présentons nos plus sincères excuses. Nous proposerons un plan d’action afin d’éviter à l’avenir de tels dysfonctionnements » avait t-il répondu à Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau.

Après ce rapport et selon Le Parisien, Elisabeth Borne a demandé « un renforcement de la chaîne de contrôle interne au groupement Bouygues TP, DTP Terrassement, Eiffage TP, Eiffage TP Fondation, Razel Bec et Sefi Intrafor, en charge des travaux, ainsi qu’une surveillance renforcée par le maitre d’œuvre Egis ». La ministre a également exprimé son souhait que soit constituée « une commission d’experts d’une mission d’appui permanent à la maîtrise d’ouvrage du projet Eole afin de renforcer l’analyse et la maîtrise des risques liés aux travaux souterrains pendant la réalisation du projet ».

Schéma du chantier d’Eole à la Porte Maillot – SNCF Réseau