Elle était promise à un destin bien funeste. Délaissée de ses occupants à la toute fin du siècle dernier, la tour Aurore (CB17) avec son look seventies vient d’être sauvée d’une mort certaine.

C’est au tout début des années 70 qu’est née Aurore sous l’impulsion de son maitre d’ouvrage, les Mutuelles du Mans Assurances (MMA) qui désire implanter son siège social en région parisienne et s’y étendre. Le building dit de « première génération » est le fruit du trio d’architectes : Claude Damery, Pierre Vetter et Gilbert Weil.

La tour Aurore et l’agence BNP Paribas en septembre 2005 – Defense-92.fr

Comme pour les autres gratte-ciels du jeune quartier d’affaires les pères d’Aurore ne peuvent pas laisser libre cours à leur imagination. En effet l’Epad (l’ancien aménageur de l’époque devenue Paris La Défense) oblige à l’époque les concepteurs à respecter un gabarit de vingt-quatre mètres de large sur quarante-deux mètres de long pour une hauteur ne devant pas dépasser les cent-dix mètres depuis le sol. Seul l’aspect est alors libre de toute contrainte. De là naîtra sa façade vitrée orangée et ses allèges blanches la rendant si particulière.

Petit par sa taille (51 mètres sur 25 mètres), l’immeuble de l’agence BNP Paribas est lui construit en 1978 au pied des tours Manhattan et Aurore. Le bâtiment est conçu par un architecte de l’Epad : Albert Penso. Avec une structure de béton, neuf portiques traversent de part en part l’ouvrage dans le sens de la largeur. Deux étages composent le bâtiment : le premier était entièrement occupé par les bureaux de l’agence BNP et le second par quelques bureaux, une sandwicherie « Bonne journée » disparue en mai 2012 et la brasserie « Le Tourbillon » fermée en novembre 2015. Après le départ de BNP Paribas en 2008 les locaux seront un temps occupés en 2009 par Paris La Défense (alors EPGD, puis Defacto), puis par des équipes de chantier jusqu’en 2018.

L’immeuble BNP en 2013 – Defense-92.fr

Mais après seulement trois petites décennies à abriter dans ses 27 000 mètres carrés de multiples entreprises et une légère rénovation des parties commune en 1993, Aurore est désertée de ses derniers occupants en 1998. Voilà comment elle est tombée dans l’oubli à l’aube du dernier millénaire. Bourré d’amiante, le building est alors une première fois désamianté et presque entièrement curé en 2002.

Une tour qui a dépéri durant de décennies

Rapidement les propriétaires de l’époque envisagent une restructuration lourde du gratte-ciel aux façades orangées. Le cabinet Arte Charpentier redessine en 2002 le building en l’enveloppant dans une nouvelle peau, à l’image de la tour Opus 12, alors en cours de rénovation.

La tour Aurore gagnera six niveaux supplémentaires – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

Mais le projet ne verra pas le jour. Quelques années plus tard, en 2005, un certain Nicolas Sarkozy alors président de l’Epad lance le Plan de renouveau du quartier d’affaires avec comme objectif d’inciter les propriétaires de tours vieillissantes à les remplacer par de nouveau édifices plus grands, plus hauts et plus écologiques. Le groupe américain Carlyle saute sur l’occasion et dégaine en 2007 la tour Aire 2. Ce projet plus qu’ambitieux prévoit la destruction totale de la tour Aurore, et de l’ancienne agence BNP attenante à son pied au profit d’une tour de 82 000 mètres carrés pour 42 étages conçue par l’agence Arquitectonica. Mais face à une floppée de recours, une crise économique puis un changement de sa stratégie le fonds Carlyle renonce à son mégaprojet.

Sauf que pendant ce temps-là, la tour Aurore a dépéri. Laissé à l’abandon, le bâtiment autrefois high-tech est devenu une tache dans le quartier d’affaires. Et alors que plus grand monde ne portait d’attention à sa triste silhouette qui aurait pu encore végéter pour de longues années Aurore va enfin revivre.

La tour Aurore proposera 32 800 mètres carrés dédiés aux bureaux – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

Une nouvelle vie pour une belle endormie

Comme nous l’annoncions en début d’année, le fonds d’investissement anglais Aermont (ex : Perella Weinberg Real Estate puis PW Real Assets) a repris en main ce projet tumultueux dont le permis de construire est purgé de tout recours. Mais au lieu de partir dans un projet fastidieux visant à détruire Aurore, Aermont a opté pour quelque chose d’un peu moins compliqué. Après avoir travaillé sur une simple rénovation Aermont, a adopté un projet d’extension de l’existant.

Oubliée donc Aire 2, désormais c’est une sacrée mutation qui est au programme d’Aurore. Pour redonner une nouvelle vie à la belle endormie c’est Jean-Paul Viguier -à l’origine de la construction des tours Cœur Défense et Majunga- qui a été choisi. Le célèbre architecte français est secondé par le cabinet Sisto Studios qui a imaginé le pavillon adjacent à Aurore, en remplacement de l’ancienne agence BNP dont le bâtiment sera lui entièrement détruit.

De nouveaux commerces équiperont le pied de la tour Aurore – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

Contrairement au premier projet imaginé par l’agence Arte Charpentier au début du siècle, celui de la nouvelle version d’Aurore se veut ambitieux. Haute d’environ 90 mètres (depuis la place des Reflets) pour 28 étages, Aurore va s’offrir six niveaux supplémentaires passant dès lors à 33 étages avec une terrasse culminant à 119 mètres. Cette surélévation permettra ainsi de gagner quelques milliers de mètres carrés au projet. Une partie du sommet d’Aurore sera transformée en terrasse accessible aux salariés tandis que l’autre sera végétalisée.

Une enveloppe extérieure en clin d’œil à l’ancienne façade d’Aurore

Complètement déshabillée de sa façade orangeâtre et ses acrotères blancs en relief durant les derniers mois, Aurore revêtira bientôt une nouvelle robe. Le nouveau cladding adoptera ainsi un voile de verre plus largement vitré, teinté en noir avec des allèges en aluminium horizontaux gris clair comme clin d’œil aux anciens acrotères qui faisaient la particularité d’Aurore.

Au pied d’Aurore, l’ancien bâtiment BNP va donc disparaitre. Il sera remplacé par ce pavillon de huit niveaux. Sa façade sera habillée de brises-soleil verticaux. Conçu comme une « lanterne » il intégrera une partie de bureaux, un business center de 4 500 mètres carrés avec un grand auditorium ouvert sur l’extérieur pouvant aller jusqu’à 230 places. « L’auditorium pourrait s’ouvrir sur l’extérieur pour faire des projections de films ou l’organisation de spectacles », détaille Olivier Lavigne-Delville, l’un des directeurs d’Aermont, qui précise que cette éventualité sera alors discutée avec les futurs locataires de la tour.

Le pavillon sera équipé grand auditorium – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

Un skybar au sommet du pavillon accessible au public.

A son socle on trouvera un grand café drugstore sur deux niveaux. Mais la véritable originalité du projet sera le skybar placé au sommet du pavillon qui sera accessible au public. « On souhaite apporter une ambiance un peu différente avec des services ouverts sur l’extérieur à la fois pour les riverains et les gens qui viendront travailler », explique Olivier Lavigne-Delville.

La surélévation d’Aurore et la création de ce pavillon permettra d’augmenter significativement la surface de l’ensemble immobilier à 38 900 mètres carrés dont 32 800 mètres carrés dédiés aux bureaux. Les deux bâtiments seront reliés par une rue intérieure qui fera office de hall d’accueil commun.

Un Skybar situé au sommet du pavillon sera accessible au public – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

« Cette rue centrale permettra d’organiser l’accueil des bâtiments et de libérer le pied de la tour pour faire autre chose que ce qui est fait plus classiquement », précise Olivier Lavigne-Delville. Cette rue s’ouvrira d’une part sur la place des Reflets mais surtout sur le boulevard circulaire, au pied de la tour D2 créant ainsi un nouveau lien avec Courbevoie, ville d’implantation du projet. Mais c’est en réalité toute la partie basse de la tour et son pavillon qui s’ouvriront. Fini le grand mur en béton austère qui fût habillé durant quelques années par des œuvres du peintre Guillaume Bottazzi.

Une reconfiguration des espaces public

Ce vaste projet va enfin permettre à l’établissement public Paris La Défense (PLD) d’en mener un autre : celui de la refonte de la dalle au pied d’Aurore. Pour reconfigurer cette partie de la dalle en béton construite à la fin des années 60, PLD s’est associé avec l’agence Urbanica. Et elle prévoit un changement radical.

« Nous avons constaté que l’espace est assez confus. La plupart des gens se perdent. Ce projet immobilier va améliorer certaines choses. Nous on va accompagner ce projet immobilier, confie Julien Schnell, le fondateur et président d’Urbanica. Le travail va consister à travailler sur un réseau de places qui sont existantes. L’idée c’est de les relier plus simplement ».

De nouveaux liens urbains seront créer de part et d’autre d’Aurore – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

L’agence d’urbanisme va ainsi travailler sur sept des champs d’actions, englobant notamment de meilleurs liaisons urbaines, éclairage repensé, plus de végétation mais surtout une refonte de la dalle. Une partie du parvis entourant l’ancienne agence BNP va être ainsi tout bonnement supprimé avec pour objectif de s’ouvrir jusqu’au patio des Reflets, pour ne faire plus  qu’un espace.

De nouveaux liens entre La Défense et Courbevoie

Côté liaison plusieurs nouveaux escaliers vont être créés pour améliorer les liens urbains. Le premier partira du pied de la tour D2, place Anette Kellerman et arrivera entre le pavillon d’Aurore et la tour Manhattan. Le second sera créé au pied d’Aurore sur la place des Reflets remaniée. Il viendra remplacer un petit escalier peu pratique et deux escalators. Une disparition des escaliers mécaniques que regrette déjà certains habitants qui ont fait part de leur inquiétude lors d’une réunion de présentation. Enfin le troisième escalier accompagné d’un ascenseur sera érigé entre les tours Aurore et CB16 pour arriver au pied de la tour D2 également sur la place Anette Kellerman.

Le pied de la tour Aurore sera réaménagée par Paris La Défense – Jean-AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE

Pour mener à bien ce chantier qui a réellement débuté il y a quelques semaines à peine c’est l’entreprise Petit, la filiale du Groupe Vinci qui a été choisie par Aermont. Les travaux dureront vingt-quatre mois avec comme pour objectif une livraison de l’ensemble à la toute fin de l’année 2021.

Afin de détruire l’ancien bâtiment BNP les équipes de Petit promettent le moins de nuisances sonores possibles avec l’utilisation d’un « Brokk 500 ». « La déconstruction du bâtiment BNP va entraîner des nuisances », a averti l’un des conducteurs des travaux chez Petit aux riverains lors d’une réunion présentant le projet. Cette démolition devrait alors durer quatre mois. Suivra ensuite l’édification du pavillon et la surélévation d’Aurore lors des treize prochains mois. Parallèlement débutera dans le courant de l’année prochaine la pose des premiers éléments de façade. Les sept derniers mois seront consacrés aux « finitions » intérieures et des façades.

C’est donc à l’aube de l’an 2022 qu’Aurore, rénovée offrira un plus beau visage à la skyline de La Défense.

Le chantier de la nouvelle tour Aurore devrait s’achever à la fin de l’année 2022 – AERMONT / VIGUIER Architecture / SISTO / L’AUTRE IMAGE