Cols blancs et cols bleus réunis ensemble pour une manifestation, c’est une scène plutôt rare au pied des tours de La Défense. Ce mardi était une nouvelle journée de mobilisation générale pour les salariés de Suez qui s’opposent toujours fermement au projet de rachat formulé par Veolia, leur grand rival. En fin de matinée, les salariés du siège et employés des différentes entités du groupe sont partis de leur tour CB21 pour se diriger vers celle d’Engie, le principal actionnaire de Suez. Au pied du building T1 ils étaient près de 400 personnes selon une source policière à tenter de faire pression sur Engie et son « odieux patron » pour qu’il ne cède pas ses 33,55 % de parts dans Suez à Veolia.

Car si avec cette OPA Veolia ambitionne de devenir un géant mondial de la gestion de l’eau et des déchets, l’idée angoisse au plus haut point chez Suez. Comme souvent, qui dit fusion, dit postes en doublons et donc licenciements. Direction de Suez et syndicats s’entendent sur un même chiffre : si l’OPA de Veolia se concrétise elle entrainerait à terme la suppression de 4 300 emplois en France et de 6 000 à l’international. Des chiffres que contestent en revanche Veolia et Meridiam, un fonds spécialisé dans les infrastructures qui reprendraient la branche eau de Suez afin de respecter les règles de concurrence.

« On est tous dans le même bateau »

« Si l’OPA aboutit il y aura une perte d’emplois, s’offusque Benjamin, un égoutier de Suez. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangés ». Un avis que partage Eric, salarié au siège pour qui, ce mariage forcé équivaudrait au « démantèlement d’un fleuron de l’industrie française ». Et cette mobilisation inédite mélangeant direction de l’entreprise et ouvriers semble motiver les troupes. « Ça me touche de voir tout le monde. On est tous concernés, on est tous dans le même bateau », estime pour sa part Philippe, informaticien chez Suez.

Outre l’aspect social, pour beaucoup cette OPA aurait de lourdes conséquences sur la concurrence. « Ça va réduire la concurrence en France », estime Isabelle, employée au siège de Suez. « Dans nos collectivités locales, dans nos villes et intercommunalités tout ça aura un impact puisque les élus locaux seront privés de choix si cette OPA a lieu », s’alarme la conseillère régionale (Génération·s) Hella Kribi-Romdhane venue en soutient avec le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel et le député européen LFI Manuel Bompard.

Mais cette OPA ne crispe pas uniquement les salariés de Suez. Elle inquiète aussi à Engie. « On assiste à un démentellement du groupe Engie au travers du groupe Suez », s’agace Yoan Thiebaux, coordinateur CGT d’Engie.