Une histoire qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Alors que les plus grands du monde avaient inauguré il y a trente ans, les 15 et 16 juillet 1989 l’iconique Grande Arche à l’occasion du G7, en présence notamment de Georges Bush le président des États-Unis et de Margaret Thatcher, la Première ministre anglaise autour de leur hôte François Mitterrand, le public aura dû attendre plusieurs semaines pour découvrir l’axe historique d’en haut.

Ce n’est en effet qu’à la toute fin du mois d’août, un 26 que le président de l’époque l’a inauguré en fin de journée. A 17 heures le funambule Philippe Petit traverse la Seine à une centaine de mètres de haut entre la Tour Eiffel et le Trocadéro pour remettre à Jacques Chirac, alors Premier ministre un texte des Droits de l’Homme. Dès 18 heures Antenne 2 avec Claude Sérillon retransmet la cérémonie inaugurale. Ce baptême de l’Arche et son Toit est alors l’occasion pour François Mitterrand de dénoncer virulemment les parties sombres de l’humanité dont l’esclavagisme, le racisme et les guerres.

Durant ces premières mois le Toit n’est qu’un vaisseau fantôme. La fameuse fondation des Droits de l’Homme voulue par Mitterrand n’émerge pas. En effet comme l’écrit Laurence Cosse dans son livre sur la Grande Arche, Mitterrand et les siens n’avaient pas apprécié qu’Edgar Faure ait appelé à voter Chirac à la présidentielle de 1988. Pendant des mois après le décès d’Edgar Faure le Toit n’aura aucune affectation ni animation.

Malgré tout durant ses vingt ans d’exploitation, le Toit de la Grande Arche a attiré des milliers de visiteurs. Après leur voyage sensationnel à bord de l’un des quatre ascenseurs panoramiques, ils tombent sur une grande salle d’exposition composée d’un restaurant et de quelques auditoriums. Durant quelques mois, entre 1994 et 1995 le Toit organise une exposition réussie sur Tintin au Tibet.

Le Toit de la Grande Arche avant sa fermeture – Defense-92.fr

La société Le Toit de la Grande Arche, filiale de Tir Groupé dirigé par Stéphane Cherki, se voit attribuer la concession d’exploitation du toit en 2004 après les difficultés financières de la précédentes. A cette époque elle dénonçait avoir repris les lieux dans un état affreux en parlant de « décharges sauvages, d’espaces insalubres, des ascenseurs non entretenus » mais aussi un restaurant dégageant « une cuisine nauséabonde ».

En avril 2008 ouvre le Musée de l’informatique après plusieurs expositions dédiées également à l’informatique qui avaient remporté un grand succès sur le Toit. Ce musée initié par Philippe Nieuwbourg présente sur 800 mètres carrés environ, 200 pièces informatiques pour certaines rares. Le musée retrace alors la naissance et l’histoire d’internet de la Guerre Froide à nos jours et donnera lieu à diverses expositions, notamment sous forme de vidéos, de textes illustrés ou encore d’audio-guides. Dans ce musée, on pouvait voir des ordinateurs aussi grands que des armoires qui aujourd’hui rentreraient par milliers dans nos clés USB, les tout premiers calculateurs, le fameux Osborne 1, le premier ordinateur transportable, le Macintosh dédicacé par Steve Jobs, et une centaine d’objets et de documents nous

Les collections du musée présentent l’évolution vers l’informatique depuis la fin du XXe siècle, grâce à environ deux cents pièces de diverses époques et de reconstitutions autour d’une scénographie nommée « le fil du temps ». On peut y découvrir la reconstitution d’une salle informatique des années 1960, le « Micral », premier micro-ordinateur au monde inventé par un français, ou encore des consoles de jeux vidéo des années 1980, mais aussi le premier PC portable ainsi que la première souris d’ordinateur.

La plupart des pièces du musée ont été offertes par des donateurs, à charge pour le musée de les conserver et de les restaurer si nécessaire. C’est ainsi que le Musée de l’informatique a pu acquérir des pièces telles que le Cray XMP, ou encore une collection de Macintosh, cette dernière étant exposée dans le cadre de l’exposition temporaire « Mac, 25 ans déjà ».

Le musée de l’Informatique avant sa fermeture – Defense-92.fr

Mais alors que malgré l’absence de la fameuse fondation le Toit vit sa vie, « une grosse tuile va tomber ». Le 11 avril 2010, une pièce se détache de l’un des quatre ascenseurs panoramiques ; immédiatement le Ministère et la société d’exploitation du Toit prennent la décision de suspendre leur exploitation le temps de réaliser un audit de sécurité. Pendant deux semaines, les visiteurs sont autorisés à accéder au Toit de la Grande Arche en utilisant deux ascenseurs intérieurs de la paroi nord (appartenant à des copropriétaires dont le Ministère de l’Environnement) ; dans le même temps le musée du Jeu Vidéo ouvre ses portes.

Le musée du Jeu Vidéo connait une triste et courte vie de quatorze jours. Ce musée qui s’étalait sur une surface de 200 mètres carrés juste à côté de celui de l’informatique présentait tout l’univers et la culture du jeu vidéo. Avec Alerte Orange, la société d’exploitation de la Grande Arche retrace les 30 ans du jeu vidéo. Une centaine de consoles sont exposées : De la Super Pong conçue par Atari en 1985 à la PS3 par Sony en 2006, en passant par la Nes développée par Nintendo en 1985 révélant le plus célèbre des plombiers : Mario Bross ou encore Sonic imaginé par Sega à l’origine de la Dreamcast, la Mégadrive,… Parmi la multitude de consoles présentées, des pièces rares : La Brown Box, première console de jeux vidéos a été éditée à seulement 10 exemplaires dans le monde. Une grande partie des consoles portables sont également présentées : les différentes Game Boy de Nintendo, les Psp de Sony, la Nomad et la Game Gear de Sega, la N gage de Nokia,…

Une centaine d’objets, de figurines, de peluches,… dédiés à cet univers faisant aujourd’hui partie du patrimoine culturel, sont exposés. Des vidéos extraites de « La Fabuleuse Histoire des jeux vidéo » et un espace dédié au design sont également à découvrir.

Seuls de rares visiteurs, environ 5 000, ont pu découvrir ou redécouvrir les deux premiers jeux vidéos les plus célèbres de l’histoire, Pong et Pac Man , et jouer une partie sur l’un des deux écrans mis à leur disposition.

Le 24 avril 2010, l’autorisation d’usage des ascenseurs intérieurs est retirée (des salariés du Ministère se seraient plaint de perdre quelques minutes de leur pause-cigarette, en raison de l’immobilisation de deux ascenseurs sur les quatre de cette batterie intérieure utilisée essentiellement par le Ministère). Depuis ce jour, le Toit de la Grande Arche est fermé au public. Quelques jours après, le Ministère annonce une période de fermeture de quatre mois nécessaires à la réparation des ascenseurs. Ne voyant pas la situation se débloquer, Philippe Nieuwbourg, le directeur du Musée de l’Informatique écrit plusieurs courriers toujours restés sans réponse aux différents échelons du Ministère del’Environnement. Le 11 juillet 2010, Philippe Nieuwbourg écrit directement à Jean-Louis Borloo pour l’informer du flou de la situation et lui demander d’agir, au moment où les ascenseurs panoramiques sont réparés. Le 28 juillet 2010, le couperet tombe : une réponse du Secrétaire Général du ministre, Jean-François Monteil, informe Philippe Nieuwbourg que le Ministère de l’Environnement souhaite recouvrer l’usage de ces locaux pour ses besoins propres. Entre temps la cinquantaine de salariés du Toit est mise en chômage technique. Et c’est à ce moment-là que l’on découvre que la société dirigée par Stéphane Cherki, n’a jamais payé son loyer.

Un ascenseur panoramique de la Grande Arche en 2010 – Defense-92.fr

Quatre ans après sa fermeture, le Ministère de l’Environnement annonce la réouverture du Toit de l’Arche et la rénovation de la paroi sud en signant avec le groupe Eiffage un un bail Emphytéotique Administratif (BEA). Le BEA signé pour une durée de vingt ans, représente un investissement de 192 millions d’euros, assuré par apport de fonds propres Eiffage à hauteur de 14 millions d’euros et d’une dette bancaire levée par le groupe de construction auprès de la Société Générale et de Banco de Santander d’un montant de 178 millions d’euros. L’opération sera remboursée par l’Etat à Eiffage par un bail civil de 20 ans. Au-delà des 20 ans l’Etat redeviendra propriétaire de l’ouvrage.

Le marbre de Carrare blanc, qui a causé de nombreux problèmes au bâtiment depuis son inauguration en juillet 1989 après des chutes de plaques est remplacé par un granite blanc plus résistant. La partie des bureaux dans l’aile sud est entièrement reconfigurée et modernisée.

La conception de ces nouveaux espaces a été confiée à l’architecte Jean Pistre du cabinet Valode et Pistre. Les espaces tels que ceux à géométrie triangulaire servent désormais de salles de conférence.

Mais le point d’ogre du projet reste la rénovation et la réouverture du Toit de la Grande Arche, fermé brutalement par le Ministère en 2010. Dès avril 2017 le public peut enfin de nouveau grimper sur le Toit grâce au remplacement des quatre ascenseurs panoramiques. Pour contempler la vue, les badauds ont désormais en plus du belvédère la possibilité de déambuler sur un pont promenade nommé « Entre ciel et terre » qui permet de contempler en plus de la capitale, l’axe filant sur Nanterre. L’exploitation du Toit est désormais confiée à l’agence City One.

Cette nouvelle vie du Toit semble avoir fonctionné. Le nouveau Toit accueille dans un premier temps des expositions de photojournalisme comme celle de Pascal Maitre. Trop centrée et avec un accès payant supplémentaire, le Toit réoriente la thématique des expositions et en donne un accès gratuit. C’est ainsi que l’animateur Nikos Aliagas va exposer ses photos et actuellement c’est Yann Arthus Bertrand qui s’est emparé du lieu jusqu’à la fin de l’année.

La patinoire du Toit de la Grande Arche en 2019 – Defense-92.fr

Un nouveau restaurant voit aussi le jour, mais comme son prédécesseur les clients ne peuvent malheureusement pas déjeuner avec la vue sur l’axe. Qu’à cela ne tienne, le restaurant « Les jardins de Joséphine » fonctionne un peu mais la carte avec un prix trop élevé rebute les clients. C’est ainsi qu’un an plus tard une nouvelle équipe prend le relais et lance « La City ». Avec des prix plus abordables, le restaurant fonctionne et attire clientèles d’affaires et touristes.

Pour séduire les touristes mais aussi tout simplement les parisiens le Toit veut devenir le rooftop tendance de la capitale. City One y organise plusieurs événements comme une patinoire l’hiver, une chasse aux œufs de Pâques au printemps et des afterworks l’été.

Mais pour remplir ses caisses l’exploitant mise aussi sur les événements privés. De multiples entreprises comme Nike y organisent des séminaires, lancement de produits, conférences,… Le Toit est aussi un lieu ouvert à la culture. C’est ainsi qu’à la toute fin de 2017 le groupe Indochine tourne son clip « Un été français ».

Expositions, afterworks, séminaires, la nouvelle sauce des exploitants du Toit de la Grande Arche semble prendre puisque le Toit revendique avoir accueilli 140 000 personnes en 2018 et pour 2019, entre le 1er janvier et le 30 juin quelques 85 000 visiteurs.