La Défense grouillante de dizaines de milliers de passants déferlant de sa gare vers les nombreux gratte-ciels, cette image du quartier n’est pas près de revenir. Si le 11 mai sonne l’heure du déconfinement en France, le retour à la normale dans le plus grand quartier d’affaires d’Europe n’est pas encore pour demain.

Alors qu’en temps normal ce sont plus de 180 000 salariés qui se rendent quotidiennement dans les différentes tours de La Défense, le Coronavirus (Covid-19) et son confinement a entrainé une chute vertigineuse de la fréquentation qui est tombée à seulement 1,5 %, d’après un chiffrage de Paris La Défense, l’établissement public en charge de l’aménagement et la gestion de La Défense. Pendant plus de huit semaines le télétravail est donc devenu la norme pour les entreprises du quartier.

Désormais le retour au bureau va pouvoir se faire. Mais il sera très long et progressif pour les entreprises. « Nous n’attendons pas plus de 15 % des salariés de retour le 11 mai, la consigne étant majoritairement de continuer à télétravailler afin de permettre notamment d’adapter les espaces de travail », explique Marie-Célie Guillaume, la DG de Paris La Défense.

Un retour au bureau très progressif

Ce choix de poursuivre massivement le recours au télétravail, de très nombreuses entreprises l’ont fait à La Défense comme Allianz. Très présent dans le quartier d’affaires avec ses bureaux répartis dans trois tours et un immeuble, l’assureur va inciter ses milliers de salariés et prestataires à ne pas reprendre tout de suite le chemin du bureau.

« La première semaine sera pour nous consacrée à la préparation. Quelques personnes de l’entreprises vont revenir pour préparer les locaux et accueillir les collaborateurs qui viendront », confie Cécile Deman-Enel, DRH d’unité chez Allianz France. La reprise chez l’assureur Allemand sera donc lente. « On va favoriser le retour de ceux qui ont besoin de revenir, ils sont très rares. Ceux qui le souhaitent pourront commencer à revenir à partir du 18 mai. Ce sera sur la base du volontariat », poursuit Cécile Deman-Enel.

Mais tout le monde ne reviendra pas immédiatement. Pour éviter que ça bouchonne dans les ascenseurs et plateaux de bureaux, le nombre de salariés présents en même temps sera limité à 20 %. « Ça pourra être moins, ça dépendra de nos collaborateurs », précise Cécile Deman-Enel. Pour la suite, Allianz dit ne pas s’être donné de date de fin d’adaptation : « On imagine que ça va être de l’ordre de trois ou quatre semaines mais nous n’avons pas de certitude encore. On attend de voir comment évolue la maladie et comment évoluent les consignes gouvernementales ». Dès juin l’entreprise pourrait monter en capacité en permettant à 50 % de ses salariés de venir en même temps au bureau. Pour un retour à la normale, là c’est toujours l’inconnue. « Aujourd’hui personne ne sait répondre à cette question, même si septembre parait être une bonne hypothèse », rajoute Cécile Deman-Enel.

A la tour Opus 12 une signalétique a été mise en place – Defense-92.fr

Les salariés qui se rendront dans les prochains jours, et prochaines semaines au bureau vont devoir être protégés. Une tâche qui incombe à l’employeur. Le respect des gestes barrière et des distanciations sociales pour les sociétés comme Allianz devra donc être strictement appliqué. Avec une majorité de bureaux en open space, l’assureur a décidé de condamner un bureau sur deux. « On prévoit d’occuper les bureaux en quinconces pour laisser à minima 1,50 mètres entre chaque bureau occupé », affirme Cécile Deman-Enel. Tous les collaborateurs seront dotés dans un premier temps d’au moins quatre masques par jour et auront du gel hydroalcoolique à disposition.

De nombreuses mesures pour appliquer les gestes barrières

Autre tour, autre entreprise. Chez Suez qui occupe une majorité de la très symbolique tour CB21, la poursuite du télétravail pour les quelques 2 000 salariés se fera majoritairement. « L’idée c’est d’encourager le télétravail massif », admet Laure Girodet, directrice santé et sécurité du groupe Suez. Comme chez Allianz, Suez va limiter la présence de ses salariés dans ses murs. « On s’est fixé une limite à ne pas dépasser durant le premier mois de 20 % de nos collaborateurs », précise Laure Girodet, même si d’après les prévisions de l’entreprise de services à l’environnement il ne devrait y avoir que 10 % des personnes durant les premières semaines. Là encore le retour se fera essentiellement sur la base du volontariat. Et pas question pour le groupe de voir revenir les salariés vulnérables.

A la tour CB21, qui abrite le siège de Suez le port du masque est obligatoire – Defense-92.fr

Du côté de la Société Générale, l’un des plus gros employeurs de La Défense avec plus de 15 000 salariés, le travail à distance restera le mode de fonctionnement privilégié au moins dans les deux prochains mois. « Le retour sur site sera limité à quelques activités uniquement en mai, et ouvert aux collaborateurs volontaires à partir de juin », affirme la banque de La Défense pour qui le processus de déconfinement sera « progressif, agile et réversible » afin de pouvoir être adapté à tout moment à l’évolution de la pandémie et aux recommandations gouvernementales. « Pour tenir compte des contraintes d’occupation maximum dans les immeubles et contribuer à fluidifier les transports en commun, l’organisation du travail sera adaptée avec la mise en place de rotations d’équipes et d’horaires décalés. Les réunions devront se tenir uniquement à distance jusqu’à ce que les conditions sanitaires permettent de faire autrement, et les déplacements professionnels restent suspendus jusqu’à nouvel ordre », précise la Société Générale.

Chez Total, qui est également l’une des plus importantes entreprises installées dans le quartier, là aussi le télétravail sera favorisé. Et pour tous ceux qui se rendront dans l’un des différents immeubles, dont l’emblématique tour Total Coupole, le géant pétrolier a mis en place une mesure drastique. A l’entrée un contrôle systématique de la température des salariés sera effectué par une caméra thermique. Si la température de l’employé n’est « pas conforme », une vérification sera faite par un thermomètre à infrarouge. Et si le contrôle s’avère positif, c’est-à-dire si la température est supérieure à 37,8 degrés, le collaborateur ne pourra pénétrer sur le site.

Total va prendre systématiquement la température de ses salariés et visiteurs – Defense-92.fr

Mais il n’y a pas que les grands groupes qui vont devoir s’adapter pour faire revenir leurs salariés. Du côté de chez GSA+, un groupement de services d’assurances, basé dans la tour W, la quarantaine de collaborateurs qui y occupent un étage seront eux aussi à poursuivre le travail depuis leur domicile. « Le télétravail sera prolongé au moins jusqu’au 2 juin », détaille Gaëlle Bontet, directeur de GSA+ qui précise que l’entreprise pourra accueillir simultanément douze collaborateurs au maximum.

Pour accueillir tous ces salariés les gestionnaires des différents buildings du quartier ont dû mettre en place les différentes injonctions gouvernementales. Cela passe entre autres par la mise en place de sens de circulation, la limitation du nombre de personnes dans un ascenseur (pas plus de quatre personnes et chacun dans un coin de la cabine, dos à dos) ou encore de l’affichage et de la prévention. C’est ainsi que Suez a opté pour l’élaboration d’un guide détaillé (disponible via un QR code) avec les différentes mesures et plusieurs affiches collaboratives. « Toutes les salles de réunion ne pourront pas être remplies à plus de 50 % de leur capacité et des lingettes seront mises à disposition », affirme Laure Girodet. Le nettoyage des postes de travail et des parties communes devrait se faire quotidiennement.

La restauration sur place des salariés a aussi été un sujet important. Car avec la fermeture des restaurants d’entreprises tout comme les divers restaurants du quartier, Allianz et Suez vont par exemple proposer à leurs collaborateurs des lunchbox. « On a réaménagé complètement l’espace du restaurant pour permettre la distanciation des salariés », explique Laure Girodet.

Favoriser le lissage des horaires et la venue des salariés en vélo

La question de la venue des salariés à La Défense a aussi été un sujet important pour les entreprises. Car avec le déconfinement la plus grande crainte du gouvernement et des autorités sanitaires est de voir des rames de métro, RER et tramways bondés. C’est pour ça que dès lundi une attestation de l’employeur sera obligatoire pour les usagers des transports en commun aux heures de pointe. « On a prévu des horaires beaucoup plus flexibles pour éviter que les personnes arrivent tous en même temps le matin », explique Laure Girodet. L’assureur Allianz a lui opté pour un élargissement des horaires d’ouverture de ses sites de 6 heures à 20 heures. « On va inciter les collaborateurs à venir à vélo ou à pied », assure Cécile Deman-Enel.

Le retour à l’avant crise n’est donc pas pour tout de suite. « La reprise sera progressive avec 25 % des salariés de retour en juin puis 30 % pendant l’été, en raison des congés notamment. Le vrai retour sera pour septembre autour de 70 %, sous réserve que la situation sanitaire ne se dégrade pas de nouveau », prévoit pour sa part Marie-Célie Guillaume.

Ici, devant l’immeuble Coeur Défense il est demandé de respecter une distance de sécurité – Defense-92.fr