C’est un cri d’alarme qu’ont récemment lancé les grandes enseignes. Quelques seize fédérations du secteur de la distribution ont dénoncé « des annonces insuffisantes du gouvernement » vendredi dernier à l’issue d’une réunion avec le Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. L’objet du conflit, c’est la question des loyers et charges que certaines grandes foncières, propriétaires de centres commerciaux continuent de demander à leurs locataires.

Le 16 mars dernier, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC), avait dit inciter ses adhérents à mensualiser ces loyers payés d’habitude sur une période trimestrielle et à en reporter le paiement à la fin de la période de confinement. La mesure avait été largement jugée insuffisantes par les grandes enseignes. Mais la colère des commerçants a explosé lorsque le CNCC a invité les « grandes enseignes internationales [à] respecter strictement leurs engagements contractuels de long terme et [à] régler leurs loyers et charges »

Alors que Bercy s’était félicité d’avoir obtenu « un geste de solidarité très important » des bailleurs pour que les tout petits commerçants de moins de dix salariés se voient exonérés de trois mois de loyer, l’Alliance du commerce ne cache pas son inquiétude pour les grandes enseignes. « Ce dispositif doit aussi les inclure, quels que soient leur taille, leur domaine d’activité ou leur lieu d’exploitation », a confié, au Monde, Yohann Petiot directeur général de l’Alliance du commerce. Car l’immense majorité des enseignes présentes dans les grands centres commerciaux français sont de grandes chaines.

Le budget des loyers peut représenter 15 % à 25 % sur les chiffres d’affaires des commerçants selon les centres commerciaux. De quoi inquiéter les grandes chaines. Dernièrement un collectif de 200 dirigeants de grandes enseignes a lancé un appel aux bailleurs commerciaux afin qu’ils annulent la perception des loyers dans les mois à venir.

Pour l’instant Unibail-Rodamco-Westfiel, propriétaire du Westfield Les 4 Temps et du Cnit (qui détient également en France les malls du Westfield Forum des halles, Westfield Velizy 2,…) les deux grands centres commerciaux de La Défense a refusé de céder aux demandes de ses locataires. Cette fin de non-recevoir a également été donnée par Klépierre et Carmila, deux autres grandes foncières françaises.

Pour tenter de trouver une issue au conflit et surtout d’éviter des faillites en cascade d’enseignes déjà fragilisées ces dernières années à cause du climat de terrorisme, de la crise des Gilets Jaunes puis des grèves de décembre dernier, Bercy a invité les propriétaires à « engager des discussions avec leurs locataires en difficultés pour réduire la tension sur leur trésorerie ». Par ailleurs le ministère de l’Économie va rédiger un code « de bonne conduite » et prochainement nommer un médiateur « pour veiller (…) au règlement amiable des différends ».

Car pour Bris Rocher, président-directeur général du groupe Rocher, les grandes foncières ont les moyens d’aider les enseignes. Dans une interview donnée au Monde, le petit-fils du fondateur de la célèbre chaine estime que les grandes foncières pourraient utiliser le montant de leurs dividendes pour les aider. « A elles quatre, elles ont distribué plus de 2,5 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2019 », s’agace-t-il.