Plongée dans le chantier hors-norme du renouvellement des voies du RER A

Jusqu'au 21 août quelques 400 personnes s'activent 24 heures sur 24 pour renouveler les voies du RER A entre La Défense et Nation dans un chantier hors-norme.

Les travaux de renouvellement des voies entre La Défense et Charles de Gaulle Etoile le jeudi 28 juillet 2016 - Defense-92.fr

C’est un énorme chantier qui se déroule actuellement sous les pieds des franciliens. Dans le bruit, la poussière et la chaleur des centaines d’ouvriers se relayent nuit et jour depuis le 23 juillet pour mener à bien les travaux de renouvellement des voies du RER A entre La Défense et Nation.

Le chantier colossal lancé par la RATP vise cet été à renouveler 4,3 kilomètres de voies simples et quatre aiguillages (deux à Chatelet et deux à Auber) soit tous les jours 1 300 tonnes de ballaste neuf à poser et 720 traverses (et autant à évacuer).

Pour mener à bien ce chantier hors-norme 400 personnes dont 140 ouvriers de Colas Rail s’activent 24 heures sur 24 en trois huit, dans le tunnel situé à une quinzaine de mètres de profondeur. La filiale de Bouygues a en effet été désignée par la RATP en février 2014 pour ce vaste programme qui prévoit de changer 24 kilomètres de voies (deux fois douze kilomètres) d’ici à 2021. Alstom est chargé de la pose et la repose des éléments de signalétique.

400 personnes mobilisées 24 heures sur 24

Le projet du RVB (Renouvellement de Voies Ballastes) se déroule en cinq phases. La première consiste à retirer les rails et traverses en bois existants datant des années 70. La seconde phase : à évacuer le ballaste dont la hauteur varie de quatre mètres jusqu’à huit mètres au niveau d’Auber et à nettoyer complètement le sol en y ajoutant dans certaines zones des tapis anti-vibration. Vient ensuite la troisième étape où un nouveau ballaste est posé et la quatrième avec l’installation des rails et traverses en béton qui sont stabilisés par « des trains fortement chargés ». Enfin des tests à 30 km/h sont réalisés pendant les trois derniers jours avec des trains voyageurs vides.

« C’est un chantier relativement complexe, non pas dans les tâches qui sont exécutées mais dans la partie logistique puisqu’il faut acheminer et évacuer chaque jour beaucoup de matériaux avec sept trains chantier (deux de plus par rapport à l’année dernière, ndlr), explique Vincent Le Bihan, chef du projet RVB à la RATP. Nos seuls créneaux possibles, c’est la nuit pendant l’interruption du trafic des voyageurs ».

La logistique pour alimenter ce chantier qui se fait par des trains travaux vient de trois endroits différents : Sucy, Nanterre et Meaux. Ce dernier site, qui n’appartient pas à la RATP a été rajouté cette année : « Il permet d’accueillir des trains de 400 mètres contre 225 à 250 mètres pour nos sites » détaille Vincent Le Bihan.

« Cette année on travaille en deux fronts sur une seule voie, poursuit Vincent Le Bihan. Un qui part d’Auber et qui se dirige vers Etoile et un autre front qui part du côté de La Défense et qui se dirige également vers Etoile ».

« Si l’interruption est aussi grande, elle est liée au fait que les trains voyageurs ne peuvent tourner à Nation car il n’y a pas de possibilité de le faire entre Gare de Lyon et Chatelet les Halles, justifie t’il. Et quitte à faire des interruptions on en profite pour réaliser d’autres travaux comme la réfection des quais à Chatelet et Gare de Lyon ».

Les anciens éléments de voies connaitront eux une seconde vie. Les rails en acier seront fondus et recyclés tandis que les traverses en bois devraient servir à des aménagements urbains. Le ballaste sera lui réutilisé pour des remblais sur différents chantiers.

Un chantier dans des conditions difficiles pour les ouvriers

Travailler dans de telles conditions n’est pas facile pour ces ouvriers qui viennent des quatre coins de France. « C’est pénible avec la chaleur et la poussière, d’habitude je travaille à l’air libre » confie Damien, l’un des chefs de chantier de Colas Rail tout droit venu de Bayonne. ‘J’ai raté les fêtes » sourit-il. Pour cette mission il touchera en plus de son indemnité logement une « prime tunnel » fixée à 14 euros ».

« Je ne toucherai que 10,80 euros » peste Marc* qui ne comprend pas cette différence de prime. « En plus je n’ai pas le droit à l’indemnité logement car j’habite à Château Thierry qui est à 94 kilomètres de Paris et la limite est fixée à 100 kilomètres » s’agace l’ouvrier. Pour Jonathan* un sous-traitant de Colas Rail qui conduit des engins de chantier, il n’y aura en revanche aucune prime tunnel.

Les fermetures se poursuivront jusqu’en 2021

Les fermetures se poursuivront à l’été 2017 avec une fermeture entre Charles de Gaulle et Nation puis à l’été 2018 entre La Défense et Nation. En 2019 et 2020 le trafic s’arrêtera sur une période de sept à neuf semaines, en semaine entre 22h30 et 5h du matin entre les gares d’Auber et Vincennes. L’année 2021 marquera la fin de ce vaste programme avec là aussi des travaux de nuit cette fois-ci entre Charles de Gaulle et Nanterre Préfecture.

*Les prénoms ont été changés.