Il y a un an le Toit de la Grande Arche fermait ses portes

Grande Arche

Le 24 avril 2010 le Toit de la Grande Arche fermait ses portes au public; un après la situation est toujours figée et le quartier de La Défense en reste privé. Voici le rappel des faits :

Le 11 avril 2010, une poulie se détache de l’un des quatre ascenseurs panoramiques ; immédiatement le Ministère et la société d’exploitation du Toit prennent la décision de suspendre l’exploitation des quatre ascenseurs panoramiques le temps de réaliser un audit de sécurité. Pendant deux semaines, les visiteurs sont autorisés à accéder au Toit de la Grande Arche en utilisant deux ascenseurs intérieurs de la paroi nord -appartenant à des copropriétaires- ; dans le même temps le musée du Jeu Vidéo ouvre ses portes et la Préfecture des Hauts-de-Seine organise en présence de Patrick Devedjian la signature du contrat local de sécurité de La Défense. Le 24 avril 2010, l’autorisation d’usage des ascenseurs intérieurs est retirée -Des salariés du Ministère se seraient plaints, de perdre quelques minutes pour leurs pauses-cigarette, en raison de l’immobilisation de deux ascenseurs sur les quatre de cette batterie intérieure utilisée essentiellement par le Ministère-. Le Ministère de l’Ecologie refuse l’accès par sa paroi. Depuis ce jour, le Toit de la Grande Arche est fermé au public. Quelques jours après, le Ministère annonce une période de fermeture de quatre mois nécessaire à la réparation des ascenseurs. Ne voyant pas la situation se débloquer, Philippe Nieuwbourg, directeur du musée de l’informatique écrit plusieurs courriers toujours restés sans réponse aux différents échelons du Ministère de l’Environnement. Le 11 juillet 2010, Philippe Nieuwbourg écrit directement à Jean-Louis Borloo, alors Ministre de l’Ecologie pour l’informer du flou de la situation et lui demander d’agir. Le 28 juillet 2010, le couperet tombe : Une réponse du Secrétaire Général du ministre, Jean-François Monteils, informe Philippe Nieuwbourg que le Ministère de l’Environnement souhaite recouvrer l’usage de ces locaux pour ses besoins propres.

Mais en coulisse la réalité semble encore plus sombre : Les quatre ascenseurs panoramiques sont en fait réparés depuis le 30 juillet 2010, date de réception des travaux. Le Ministère de l’Environnement propriétaire des lieux décide de faire expulser la société du Toit de la Grande Ache à travers une demande en référé. Le tribunal de Grande Instance de Nanterre avait jugé le 8 décembre 2010, la demande du Ministère de l’Environnement irrecevable. Francis Bouvier, PDG du Toit de la Grande Arche avait précisé que sa société avait signé une convention d’occupation et d’exploitation du Toit jusqu’en 2013. Cet argument, comme celui du fait que le Ministère louait régulièrement les espaces du Toit pour ses conventions, avait été pris en compte par le tribunal, le 20 décembre 2010. Le Tribunal avait ainsi estimé qu’il n’y avait pas urgence à mettre dehors la société d’exploitation renvoyant ainsi le dossier sur le fond, procédure pouvant prendre des années.

Francis Bouvier avait exprimé son indignation quant aux propos de l’avocat du Ministère de l’Environnement qui considérait que la société de la Grande Arche devait « déguerpir ».

Pour tenter de comprendre l’origine du problème, il faut revenir à l’histoire du monument. La Fondation l’Arche de la Fraternité, locataire du Ministère est depuis 2000 en instance de liquidation auprès des services de Bercy. Les sociétés d’exploitation ont été par deux fois en liquidation judiciaire 1995 et 2004. En 2004, Francis Bouvier associé avec la société Tir Groupé reprend la société du Toit de la Grande Arche en liquidation judiciaire auprès du Tribunal de commerce et s’engage sur un projet et la sauvegarde de l’intégralité des emplois, au nombre de 37. Jusqu’en 2006, date de la dissolution de la Fondation, la nouvelle société sous-louera le Toit auprès de la fondation de l’Arche de la Fraternité. Mais en 2008, cette fondation est dissoute officiellement par le Premier Ministre. Malgré ses deux échéances, les relations entre le Ministère de l’Ecologie et la société exploitante sont au beau fixe. L’exploitation se poursuit sans loyer, mais avec la prise en charge par le locataire de charges incombant au propriétaire. Dés 2004, toutefois, conscient de la particularité de la situation, le Ministère avait exprimé son souhait de renouveler le bail, ce qu’elle ne proposera jamais à l’occupant.

Il reste alors plusieurs questions dont celle-ci : L’immobilisation des ascenseurs pendant une longue durée, malgré des investissements lourds sur ces matériels en 2010 par le Ministère, -on parle d’un million d’euro- vont-ils résister au temps, ou le Ministère de l’Ecologie devra t-il de nouveau réinvestir pour une remise en exploitation ?

L’absence d’accord écrit aura été fatal à la société du Toit de la Grande Arche.

Si presque plus aucun avenir, du moins à court ou moyen terme ne se profile pour le Toit de la Grande Arche, Philippe Niewbourg et les responsables du musée du jeux vidéo ne veulent pas laisser leur centaine de pièces de collection aux oubliettes. Dès la fin juin 2011, un espace devrait ouvrir à Sophie Antipolis près de Nice dans le campus de l’école ID « La Cité Numérique ». Ce musée d’une surface de 300 à 400m² réunira plusieurs pièces du musée de l’informatique et du jeu vidéo. Philippe Niewbourg compte également ouvrir pour 2011-2012 à Vernon un autre espace -paradoxalement dans un ancien site de 3 000 ha du ministère de La Défense-. Les deux musées utiliseraient 2 000 à 3 000m².

La fermeture du Toit qualifié comme « un gâchis total » par Philippe Niewbourg, n’a pourtant reçu que l’appui timide de quelques personnes comme Patrick Devedjian, président des Hauts-de-Seine et de Defacto qui après une interview à Direct Matin le 31 aout 2010, ne s’intéressera plus au dossier. Defacto, le Conseil Général des Hauts-de-Seine, les mairies de Puteaux et Courbevoie, François Fillon, L’Elysée : chacun se renverra la balle dans cette partie de flippeur, ou finalement la balle se retrouvera dans le trou…

« La mise à la charge de la société de ses chômeurs supplémentaires, l’arrêt d’une activité économique permettant de contribuer au rayonnement du quartier d’affaires, le musée détenant le triste record du monde de la durée d’existence la plus courte, représentent un luxe qu’un pays comme le France ne peut se permettre. Mais avant tout, je pense aux 50 salariés et leur famille, premières victimes de cette décision, dont le ministère devra un jour s’expliquer tant sur la forme que sur le fond. » déclare Francis Bouvier.