Le fonctionnement de l’EPADESA dénoncé par un rapport de l’IGF

L’EPAEDESA se serait bien passé d’être à nouveau à la une de la presse. Dans son édition du mercredi 4 juillet, en page 3, le Canard Enchainé qui s’est procuré le rapport confidentiel de l’inspection générale des finances (IGF) dénonce les dépenses de l’EPADESA. Le rapport d’une dizaine de pages pointe du doigt les nombreuses dépenses de l’établissement liées à différents salons, déplacements et frais de restaurant.

Frais de réception, hotel, salons, déplacements,… le journal satirique épingle Philippe Chaix le directeur de l’EPADESA. Le Canard prend ainsi de nombreux exemples comme un déplacement à Venise lors de la Biennale de l’architecture en 2010 qui aurait couté 260 000 € dont plus de 50 000 € de frais de mission et d’hébergement ainsi que 6 000 € de frais de restaurant et 3 500 € de bateau-taxi. Le journal indique que les participants couchaient dans un hôtel sur le Grand Canal à 270 € la nuit. Pour le Canard, Patrick Jarry, le maire de Nanterre était du voyage. En réalité, le maire est parti le matin, puis il est revenu le lendemain matin. Le maire n’a pas tardé à réagir et indique que son voyage était réservé par l’EPADESA et qu’il en ignorait le prix. Il justifie sa présence du fait qu’un architecte-urbaniste-photographe (Alex Mac Lean) exposait un travail sur Nanterre « Le maire de Nanterre n’a participé à aucun autre voyage à l’étranger organisé par l’EPADESA » déclare la mairie de Nanterre.

Pour l’EPADESA la participation à cette Biennale a permis de « valoriser l’architecture de La Défense, et celle plus récente du Plan de renouveau ».

« L’EPADESA (alors EPAD) a géré, comme c’est normal, l’ensemble de l’exposition et des frais afférents explique Dominique Boré, la directrice de cabinet de l’établissement. L’hébergement de la direction générale et des administrateurs se situait à l’hôtel Monaco, un hôtel 4 étoiles. Celui de l’équipe de montage et de l’EPAD en charge du dossier dans des hôtels 3 étoiles ou dans les 3 chambres de la Ca’Asi. Ainsi, l’ensemble les frais pour 14 personnes (dont 6 en charge du gardiennage les week-end) se montent à 11 867,75 € pour des vols sur Air France ou Easy Jet, et à 9 790 € pour l’hébergement. Les frais de déplacement sur place concernent les bateaux-taxis pour les transferts de l’aéroport à Venise et inversement; et les déplacements en vaporetto » décrit-elle.

Autre déplacement pointé par l’IGF : le MIPIM 2010. Le déplacement à Cannes aurait couté 800 000 €. Face à l’accusation, l’EPADESA se défend : « Les salons sont une activité complémentaire de notre cœur de métier. Le SIMI à Paris, Expo Real à Munich, et le MIPIM à Cannes sont des incontournables pour les aménageurs qu’ils soient publics d’Etat ou locaux comme les Communautés d’agglomérations, les villes, les SEM ou les SPLA. Ils sont là aux côtés des pays et structures du monde entier » et souligne que la participation ne lui a couté que 434 327 €, le reste étant payé par les partenaires de son développement dixit : les promoteurs et investisseurs.

Les frais de bouche du directeur Philippe Chaix sont également dénoncés « Ce protégé de Nicolas Sarkozy a ainsi présenté 265 notes de restaurant, d’un montant total de 28 564 € pour les 269 premiers jours de l’année 2010, dimanches et vacances compris » explique l’hebdomadaire qui précise que ces repas « n’étaient pas destinés à régaler les promoteurs et investisseurs mais de simple fonctionnaires, des conseillers ministériels ou la présidente de l’EPADESA, Joelle Céccaldi Raynaud, maire de Puteaux ».

Là encore l’établissement défend son directeur « Le directeur général d’un des plus grands quartiers d’affaires européens et classé dans les 10 quartiers d’affaires mondiaux a des obligations de représentation et de relations professionnelles avec les partenaires du développement qu’ils soient publics ou privés. Ces relations doivent être maitrisées par lui et non par ceux qui ont un intérêt dans le développement du quartier d’affaires. C’est pourquoi, la déontologie de l’établissement fait qu’il peut refuser les invitations, et que celles-ci sont à l’initiative de l’établissement. Ces relations peuvent se dérouler les midis et les soirs de semaines, et dans des cas particuliers le week-end, notamment quand ils sont étrangers et plus particulièrement originaires des pays moyens-orientaux qui ne travaillent pas le vendredi mais les samedis et dimanches. Le directeur général doit, dans ce cas, s’adapter à leur emploi du temps ».

Dans l’article le Canard Enchainé explique que les dépenses de communication de l’EPADESA en 2010 se sont « emballées pour atteindre 2 M€ ». Un montant que l’établissement ne dément pas, mais une nouvelle fois explique : « Le budget de la communication est bien de 2 millions d’€. Mais il ne s’est pas envolé comme il est dit. Car en effet, à partir de 2010, ce budget agrège celui de l’EPAD à celui de l’EPASA du fait de la fusion de deux établissements publics, ainsi que l’extension à la ZAC des Champs Philippe de la Garenne Colombes ». Dominique Boré justifie ce montant de dépenses « exceptionnelles » pour permettre la réalisation d’une nouvelle maquette du territoire, d’une nouvelle chartre graphique, de papeterie et de documents à mettre à jour.

Dernier point relaté dans le Canard, les frais importants pour l’éviction des commerçants de la Coupole qui s’élève à 16 M€ et qui aurait dû incomber au promoteur du projet Pélican. Il s’agit du centre commercial de La Coupole fermé en janvier 2011, dont le conseil d’administration de l’EPADESA du 13 avril 2012 a approuvé les conditions de la promesse de vente à la Financière Immobilière Bordelaise pour la réalisation de 23 000 m² de commerces et d’activités de loisirs. L’EPADESA explique avoir pris en charge ces frais dans la mesure où le promoteur n’a « pas fait preuve de sa capacité à régler les problèmes d’indemnisation ». L’EPADESA rassure « Ces 16 millions d’€ seront remboursés (ndlr : par Pélican) dans le cadre de l’acte de vente à venir ». Cette avance de l’établissement faisait suite à la demande du conseil d’administration de l’établissement du 2 décembre 2011 afin d’accélérer les indemnisations pour les commerçants et propriétaires de l’ancien centre commercial.

Après la tumultueuse affaire de Jean Sarkozy en octobre 2009, l’aménageur de La Défense Seine-Arche est de nouveau au centre des attentions. Patrick Jarry a même déclaré lors du dernier conseil municipal qu’il souhaitait la dissolution de l’EPADESA et par ce fait le départ de son directeur général, Philippe Chaix.

« Le rapport de l’IGF doit être rendu public dans sa totalité, tout comme les autres études sur les finances de l’EPADESA. Ces rapports permettront aux habitants de mesurer les fautes lourdes de gestion des équipes qui ont dirigé l’EPAD puis l’EPADESA ces dernières années. Ils ont reçu l’argent des promoteurs sans entretenir pendant plusieurs dizaines d’années le patrimoine de La Défense » déclare pour sa part Jean-André Lasserre, conseiller munical de Courbevoie et des Hauts-de-Seine.