La vie des bidonvilles de Nanterre à découvrir en photos

Le département des Hauts-de-Seine propose de découvrir jusqu’à la fin de l’année une exposition photographique des anciens bidonvilles de Nanterre.

L'exposition est à découvrir jusqu’au 19 décembre prochain sur les grilles du parc départemental du Chemin de l'Île à Nanterre au niveau du 93 rue des Prés à Nanterre - Defense-92.fr

Apparus dans le paysage de Nanterre en 1953, les bidonvilles ont jusqu’à leur démantèlement en 1972 accueilli des milliers de travailleurs pauvres venus principalement d’Afrique du nord, et plus particulièrement d’Algérie pour reconstruire la France après la seconde guerre mondiale. Ces bidonvilles érigés par ces populations dans le secteur de la préfecture et de la rue des Prés ont accueilli jusqu’à 14 000 personnes entre 1960 et 1965.

Quelques mois après la fin de l’exposition des Archives départementales sur la « Zone B » de Nanterre, là où étaient érigés ces bidonvilles, le département propose jusqu’au 19 décembre prochain de découvrir la vie de ces lieux à travers une exposition photographique du bidonville au 93, rue des Prés à Nanterre, sur les grilles du parc départemental du Chemin de l’Île.

La grand rue du bidonville de Nanterre, vue vers la Seine – Serge Santelli

Ces photographies, inédites sont issues d’un travail réalisé au printemps 1968 par Serge Santelli, alors étudiant de 24 ans en architecture à l’école des Beaux-Arts avec sa binôme. Aujourd’hui architecte, l’homme les a offertes au département des Hauts-de-Seine pour être conservées aux Archives départementales. Sur les quelques 350 clichés en noir & blanc (24×36) pris durant cette période, dix-sept sont à contempler.

Cinquante ans après Serge Santelli revient sur son travail réalisé au moment même où se déroulaient les événements de mai 68.

Dans quel contexte ces photographies ont-elles été prises ? :

Avec une collègue je faisais un travail pour obtenir mon diplôme d’architecte. Mon directeur d’études à l’époque m’avait suggéré de travailler sur un bidonville. Et nous avions décidé de travailler sur ceux de Nanterre, rue des Prés. Nous avons consulté des documents administratifs et archives. Nous avons alors décidé de faire un relevé architectural complet des deux bidonvilles. On est allés sur place, sur le terrain, dans les maisons. A partir de la photo aérienne nous avons dessiné un plan complet des deux bidonvilles. Puis on a choisi six maisons que nous avons relevé de manière complète y compris le mobilier pour comprendre comment elles fonctionnaient.

Vue d’une impasse – Vue de la cour intérieure d’une maison – Serge Santelli

Comment avez-vous été accueillis par la population sur place ? :

Très bien, on n’a pas eu de problème. On s’est présentés comme des étudiants et non pas comme la municipalité qui voulait détruire ou faire quoi que ce soit dans les bidonvilles. On a été tout le temps bien accueillis. Le seul problème que l’on a eu c’est quand on a été interpellés par des bénévoles de l’association Tiers Monde (ATM) qui croyaient que l’on étaient de la police. On s’est expliqués avec eux puis on a pu continuer à travailler.

Quel était le but de ce travail ? :

On a essayé de comprendre comment une population qui émigre dans un pays prend possession d’un terrain pour construire elle-même son habitat. Ça c’est facile à comprendre, on récupère des matériaux, on achète plus ou moins légalement le droit d’occuper un terrain. Ce qui nous intéressait surtout ce n’était pas le côté administratif, mais l’architecture : que construisait la population comme type d’habitat lorsqu’elle faisait un bidonville. On savait que dans des bidonvilles d’Afrique du nord ou dans des pays soi-disant sous-développés, des relevés avaient déjà été faits par des architectes. Nous on voulait faire ce type d’étude sachant qu’à Nanterre la population était issue de l’immigration algérienne et qu’il y aurait peut-être une dimension culturelle dans la façon dont les maisons ont été construites.

Vue de la cour intérieure d’une maison – Serge Santelli

Qu’avez-vous alors découvert ? :

On s’est aperçus qu’il y avait une rue principale au début de laquelle il y avait des commerces. Cette rue distribuait des impasses et dans celles-là on accédait à des maisons. C’était l’une des caractéristiques des villes traditionnelles maghrébines. On a été interpellés par les similitudes avec une médina. Chaque maison avait une cour intérieure, c’est un marqueur de la tradition maghrébine. Elles avaient toutes la même typologie. D’abord on rentrait par l’impasse, puis dans une cour, puis il y avait un WC, une cuisine, un séjour et enfin la dernière pièce était la chambre des parents. Cette enfilade de pièces formait une boucle. Là aussi ça nous a interpelés car ce n’est pas une vraie maison arabe. Cette méthode nous a beaucoup intéressés. En fait cette tradition avait été adaptée.

Le coin cuisine d’une maison d’un bidonville de Nanterre – Serge Santelli