Defacto lance la première Biennale de création du mobilier urbain

Patrick Devedjian

A peine les barrières retirées, le public s’est déjà approprié les nouveaux prototypes de mobilier urbain installés de la place de La Défense au bassin Takis. Defacto l’établissement de gestion de La Défense a lancé officiellement le mercredi 28 mars 2012 la première Biennale de création de mobilier urbain « Forme Publique » qui s’achèvera le 31 décembre 2012. L’idée de cette Biennale vient de Jean-Christophe Choblet (également le scénographe de Paris Plage) qui avait présenté l’idée il y a deux ans à Defacto. A l’issue d’un appel à projets, huit prototypes ont été retenus par un jury il y a tout juste un an parmi cent propositions. Les créateurs avaient le choix parmi cinq thèmes : Poser, se reposer; attendre; s’abriter; déjeuner; travailler, se cultiver et jeter, trier. Ce dernier thème n’a cependant reçu aucune proposition et ne figure donc pas dans cette première Biennale « Forme Publique ». En revanche le thème Poser, Se reposer est celui qui a reçu le plus de propositions des candidats.

Huit prototypes imaginés par de jeunes créateurs pourront ainsi être testés par le public qui pourra donner son avis en les notant. Deux conteneurs peints en bleu, l’un situé place de La Défense au pied de l’écran géant et l’autre au bas de l’esplanade du Général de Gaulle permettront de présenter la Biennale et de recueillir les avis à travers des questionnaires à glisser dans une boite aux lettres.

A l’issue de cette première Biennale qui s’achèvera à la fin de l’année un « retour d’expérience » permettra à Defacto mais surtout à leurs créateurs de prendre acte des avis du public, de l’entretien, des éventuelles dégradations et de la solidité des prototypes. Les huit prototypes présents ne sont pas destinés à rester en place à la fin de la manifestation. Mais si un mobilier retient l’attention des utilisateurs et s’ il répond parfaitement au cahier des charges de Defacto, l’établissement n’exclue pas de le conserver ou de le déployer à plus grande échelle dans le quartier. Une seconde Biennale est d’ores et déjà prévue pour 2014 avec un lancement d’appel à candidatures en 2013.

 

 

Le plan de la Biennale

Le plan de la Biennale

 

Voici les huit prototypes présentés tout le long de l’Esplanade :

 

Poser, se reposer – Bancs Géométriques :

Kevin Lambert, étudiant diplômable en architecture intérieure et design à LISAA, entend avec ses « bancs géométriques » proposer des formes accessibles à tous, faisant écho au site. Ainsi face à l’immensité de la dalle, il propose la simplicité formelle d’un espace à échelle humaine.

Cinq modules de 3 à 5 mètres de longueur croisent leurs longues lignes d’assises et de dossiers dans une esthétique sobre permettant de s’asseoir, s’adosser, ou s’allonger de multiples manières. Les formes ouvertes et fermées de ces croisements favorisent le rapprochement et les rencontres, comme l’isolement ou la concentration. Implantés devant la tour Ariane, sur deux niveaux de dalle différents, ces bancs sont composés de tubes, en tôle d’acier de 3mm d’épaisseur, thermo-laquée blanc, de section carré 45 par 45 centimètres, et intègrent discrètement des poubelles.

Ce projet linéaire et minimal précise Kevin Lambert s’appuie sur l’idée « d’allonger les verticales, pour vaincre cette impression que peut avoir le piéton de se sentir trop petit, voir écrasé ».

Où ? : Au pied de la tour Ariane.

 

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Poser, se reposer – public’ String :

Maxime Lalleman, architecte DPLG diplômé en 2007, a créé sa propre agence k »ART’oOn en 2011 à Lille pour scénariser à travers le langage universel de la bande dessinée des réflexions, dit-il, « sur notre rapport de ‘survie’ avec la face cachée de notre environnement ». Sur la place de La Défense, son hamac géant « Public’ String » à plus de deux mètres de hauteur au dessus de la pelouse, tend un filet d’une surface d’environ soixante dix mètres carrés, pour créer une aire de jeux d’un nouveau genre. Adoptant l’ironie comme stratégie, cette proposition décalée entend se jouer de l’interdit pour offrir aux usagers une expérience aussi vivifiante que décontractante. Hamac géant pour évacuer le stress ou ombrelle au-dessus d’une « Pelouse interdite aux jeux de ballon et aux chiens », l’installation « Public’ String » provoque et fait sourire.

Réalisée à partir d’une structure tubulaire en acier dont la hauteur culmine à plus de 5 mètres, cette aire de jeux se veut la plus aérienne possible, comme en lévitation. Au-dessus d’une première maille de sécurité en sangles textiles, est suspendue une sorte de « cage » en filet de polypropylène, tendu par ligature sur des câbles acier. Deux escaliers en acier galvanisé, positionnés de part et d’autre de la structure, permettent d’accéder à l’aire de jeu par l’intermédiaire de deux plongeoirs en bois.

Pour l’architecte, « la confection de cette installation est un travail de couture, de tissage entre différentes échelles de mailles, depuis celle de la structure tubulaire acier au sommier de sécurité, jusqu’aux plus petites mailles des filets textiles ». Une trentaine de personnes pourront être accueillies simultanément dans ce hamac géant.

Où ? : Place de La Défense, au dessus de la pelouse.

 

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Poser, se reposer – Stock-cubes :

Thierry Payet aborde l’espace public à travers ses frottements d’usage pour selon ses termes « donner aux gens la possibilité d’y accrocher leurs propres histoires ». L’enjeu des « stocks-cubes » n’est donc pas de proposer des objets finis, mais « des supports qui viennent se plugger, dit-il, dans les creux de la dalle de La Défense, sur ses escaliers, et dans ses recoins. « composés de boîtes qui s’assemblent, grimpent et se glissent comme des lichens selon la morphologie du territoire, mon projet propose à la fois des assises et un système de rangements individuels à clefs, conçus comme une grande consigne. Offrant différentes hauteurs d’assises dans ce quartier d’affaires vertical, les stocks-cubes serviront aussi pour des distributions de paniers bio mais s’inventeront certainement, d’autres usages »

Les stock-cubes sont un système de consignes à clefs individuelles. Les usagers s’inscrivent et laissent un chèque de 10 euros pour obtenir une clef. Ils alimentent un compte chez le producteur local de la région (minimum 30 €). Chaque mardi le producteur envoie par mail la liste des légumes disponibles. Les clients choisissent avant le mercredi midi leurs paniers. Le jeudi midi le producteur livre les légumes dans les stock-cubes. Les usagers ont 24h pour les retirer. Les légumes non retirés sont extraits des boîtes et donnés à une association sociale de La Défense. L’inauguration et les inscriptions au service de distribution de légumes est pour le 12 avril 2012.

Disséminés sur l’Esplanade de La Défense, trois modules de « stocks cubes » occupent une surface de 4 à 7 mètres carrés selon leur implantation, rassemblant des boîtes métalliques de couleur vive. D’une hauteur chacune de 45 cm, pour 50 cm de large et 70 cm de long (en fonction des cagettes à légumes et des hauteurs d’assises nécessaires), elles sont réalisées en tôle d’acier pliée avec des aérations latérales réinterprétant les motifs des cagettes à légumes, pour les consignes ouvrantes. Empilées sur l’Esplanade, ces boîtes rouges signalent les trois modules qui réunissent une vingtaine de « stocks-cubes » pour les deux premiers et plus de trente cinq pour le dernier.

Où ? : Terrasse des Reflets et devant le Sofitel

 

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Attendre, s’abriter – Dunes :

Au sein du collectif Ferpect, Jérôme Aich, Jean-Christophe Dumont, tous deux designers industriels, et Sébastien Perruche, qui se définit comme artiste-environnemental, se sont réunis pour créer trois micro-­architectures ou dunes, réparties sur l’Esplanade de La Défense.

Le projet intitulé « Dune » est avant tout un support de mobilier urbain pour expérimenter de nouvelles attitudes face au « micro-climat local » dixit Ferpect. Jouant avec le vent, la pluie, ou le soleil, trois dunes en pente douce permettent de se mettre à l’abri pour vérifier un document, déjeuner à l’ombre, ou s’autoriser la nonchalance en lézardant au soleil.

D’une hauteur d’environ un mètre au sommet pour une surface d’une douzaine de mètres carrés chacune, les trois dunes trapézoïdales revendiquent l’éco-conception d’une structure bois. Une charpente en pin autoclave reçoit un platelage en acacia et un ensemble d’équipements modulables en acier laqué. Sur la première dune se greffe ainsi une table et trois bancs (dont deux tout en longueur et un droit), la seconde comporte une banquette avec deux longs bancs et une tablette, et la dernière, deux banquettes et un banc droit. Ces trois objets, ainsi équipés au total d’une dizaine de modules métalliques, sont conçus pour évoluer vers de nouveaux agencements répondant aux temps forts du quartier.

Pour l’équipe, « la volumétrie de ces dunes libère la ligne d’horizon, redimensionne l’esplanade de La Défense à l’échelle du piéton et sauront engendrer de nouvelles attitudes de la part des usagers ».

Où ? : Esplanade du Général de Gaulle, devant le cheminée Moretti et cours Michelet au pied de la tour Total Michelet.

 

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Travailler, se cultiver – Stanzes :

Etranges objets à l’échelle de La Défense, les Stanzes sont conçues par les trois architectes David Apheceix, Benjamin Lafore, et Sébastien Martinez Barat, qui ont fondé le groupe « La Ville Rayée » en 2006. Ces trois rochers urbains, parachutés sur l’Esplanade de La Défense au pied de la Tour EDF, relèvent d’un design que leurs créateurs qualifient de tacite car précisent-ils « les fonctions possibles, imaginées, ou intégrées ne sont pas spécifiées. Grâce aux indices d’usages et à leurs gabarits familiers, les Stanzes sollicitent une appropriation active tout en évoquant la permanence par leur allure paysagère. Les trois créations sont équipés pour l’une d’un écran numérique pour réunion informelle, la seconde d’une borne interactive téléphonique de l’opérateur Orange. La troisième n’abrite elle aucun service numérique.

Percés d’ouvertures aux contours courbes, ces trois rochers gris clair aux formes organiques se démarquent de l’environnement pour offrir aux usagers des assises variées pour divers modes de sociabilité. Développés par la société JC Decaux, ils sont réalisés en béton fibre ultra haute performance, d’une seule pièce dans un moule en polystyrène.

La grande Stanze de quatre mètres de long par deux de large reprend le gabarit d’un abribus avec une hauteur de 2,80 m alors que les deux petites de 2,30 m de hauteur et de deux mètres de long n’ont qu’une épaisseur de cinquante centimètres. Deux d’entre elles sont équipées d’un boîtier métallique circulaire, avec miroir au dos et sur la face intégrant un éclairage par Leds, un écran 52 pouces à interaction wifi pour la grande Stanze, et une borne interactive pour la petite. Ainsi, Orange a développé un nouveau concept de Point Publiservices proposant au-delà du service téléphonie, un ensemble de bouquets de services (téléphone, conexion internet, recherches, consultation d’e-mail,…) facilitant la communication en mobilité.

Où ? : Au pied de la tour EDF.

 

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Attendre, s’abriter – Défense de jouer :

Composé des jeunes architectes Enric Cailleau, Jérémy Griffon, Jonathan Allain, tous trois fraîchement diplômés de l’ENSAde Nantes et de Mathieu Lamour diplômable en 2012, le collectif NU DE a imaginé avec « Défense de jouer » un espace ludique d’attente et de repos.

S’inspirant avec poésie des jeux dans une cour de récréation, l’équipe entend transformer la dalle, en un lieu de rencontre, de détente mais aussi en un nouvel espace de liberté qu’elle décrit ainsi : « Sous une canopée verte supportée par des branches métalliques, trois arbres soutiennent des balançoires sous un tissu végétal qui pourrait s’étendre à l’infini. Suspendues à ces arbres de métal, elles matérialisent l’espace de repos, alors que leur léger mouvement se glisse dans le rythme effréné de la jungle urbaine. Cette échappée au cœur d’un site très fréquenté, mène le public à la relaxation, la contemplation et la réflexion »

Sur un sol souple en résine d’une surface de cent vingt mètres carrés, une structure en acier laqué blanc constitue les socles de trois arbres aux troncs à l’écorce métallique. Sous leur feuillage réalisé par des pétales géants de polycarbonate, se balancent une quinzaine d’assises en plexiglass rosé et translucide. Plus de trois cents éléments composent cet objet inattendu et ludique qui, à l’image d’un manège contemporain, s’implante Terrasse des Reflets.

Où ? : Terrasse des Refelts.

 

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Déjeuner – La Grande Cantine :

Issue de la collaboration entre l’agence de design Talking Things, fondée en 2009 par Xavier Figuerola et Alexandre Mussche, et du scénographe Jean Baptiste Hardoin, diplômé de l’Ecole nationale des Arts décoratifs la même année, « La Grande Cantine » croise leur expérience respective pour s’interroger sur la fonction collective de manger dans l’espace public. Prolongeant l’appropriation naturelle de la Dalle de La Défense par les usagers au moment du déjeuner, elle reprend le langage formel d’une installation saisonnière pour leur offrir de se retrouver autour de la fontaine Takis. Seuls ou en groupe, ils peuvent partager une pause ou un repas dans ce lieu choisi par les concepteurs, pour ses qualités d’ensoleillement et de vue dégagée sur la capitale. Pour aménager cette vaste cantine durant les beaux jours disent-ils, « nous avons imaginé une simple table de bois, se montant rapidement et composé de planches sur un piètement se greffant par des pièces inox aux marches situées tout autour de la fontaine. Traitées contre les intempéries, ces planches brutes de sciage (en Kerto Q ou multiplis d’épicéa) seront facilement remplaçâmes au fil des saisons comme des années »

Le temps d’un café ou d’un repas, une vingtaine de tables vous attendent au bord de la fontaine Takis pour profiter du panorama sur Paris.

Où ? : Devant le bassin Takis, au pied de la tour Suez Environement.

 

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Poser, se reposer – Ilot urbain :

Polyvalent dans ses fonctions et minimaliste dans sa forme, l’« îlot urbain » est issu de la collaboration de deux jeunes créateurs membres du collectif d’architectes 4point5, Gilles Lefevre, architecte diplômé en 2007, et Léonard Gùgi, graphiste.

Comme une scène en bois d’une surface de 100 m2 se déroulant au sol sur plusieurs niveaux pour se poser, se rassembler, et partager, cette installation doit permettre à chacun, acteur ou spectateur, d’y trouver son espace. Diffusant un halo de lumières sur différentes plantes entre graminées et bambous, l’« îlot urbain » se déploie en intégrant plusieurs fonctions avec ses bancs, tables, luminaires, poubelles, affichages et bacs à plantes. Situé sur l’Esplanade de La Défense, à proximité de la Fontaine Agam, il contraste avec l’environnement minéral par l’utilisation du bois, symbole pour ses concepteurs d’une approche douce autant en terme d’écologie que comme source d’apaisement ou de repos. Ilot ou radeau émergeant du bitume, ce mobilier est avant tout ludique, attractif, et résistant pour offrir aux utilisateurs tous les usages qu’ils pourraient d’instinct imaginer.

Chacun doit trouver sa place pour discuter, déjeuner, se retrouver, se reposer ou travailler dans ce lieu d’échanges qui deviendra ainsi un vecteur de lien social, selon ses designers Gilles Lefevre et Léonard Gùgi, qui précisent : « Extensible et évolutif, ce mobilier s’adapte à la diversité des lieux et des besoins dans l’espace public, à travers sa simplicité structurelle comme son matériau bois qui contraste avec l’austérité minérale de la plupart de nos environnements urbains. »

Où ? : Esplanade du Général de Gaulle devant le bassin Agam.

 

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