CNIT (première version)

Le Cnit

Véritable monument le CNIT (Centre des Nouvelles Industries et des Techniques) est le symbole du savoir-faire de l’ingénierie française après la seconde guerre mondiale. Emmanuel Pouvreau, président du syndicat des constructeurs de machines-outils rêve d’un grand centre d’exposition pour les industries. Le besoin de toujours plus de place pour les salons et le Grand Palais de Paris devenu trop exigu motiveront son choix. C’est en 1950 que l’homme acquiert le terrain de l’usine Zodiac au niveau du rond-point de La Défense alors que les premiers projets d’aménagement d’un quartier d’affaires à l’ouest de Paris émergent.

Emmanuel Pouvreau confie la réalisation du bâtiment aux architectes Robert Camelot, Jean de Mailly et Bernard Zehrfuss, la réalisation de la façade-rideau est confiée à Jean Prouvé. Ce dernier, assisté de son fils Claude Prouvé conçoivent les trois façades vitrées en utilisant une structure métallique sur laquelle prennent appui des montants en acier inoxydable auxquels sont fixés des panneaux de verre rectangulaires.

 

Pour la réalisation technique de l’ouvrage les architectes font appel à Bernard Laffaille préféré à l’italien Pier Luigi Nervi qui travaille parallèlement au projet du Palais de l’Unesco à Paris dans le 7ème.  Laffaille élabore alors avec ses trois confrères le projet d’une vaste voûte reposant uniquement sur trois points d’appui et couvrant le terrain triangulaire. Contacté pour la phase exécution, Eugène Freyssinet est devancé à la fin 1955 par l’ingénieur Nicolas Esquillan inventeur de la double-coque en voile mince avec raidisseurs, comme une aile d’avion qui est jugée plus économique et respectueuse de l’esprit du projet.

Les architectes sortent de leur imagination une grande voute triangulaire autoportante en béton armé de 22 500 m² pour seulement 6 cm d’épaisseur et 218 mètres de portée constituant un record du monde. Cette voûte repose sur 3 culées de béton de 84 tonnes reliées entre elles par 44 tirants de câbles d’acier. Chacune des trois façades mesure 220 mètres; au plus haut la voute trône à 50 mètres de hauteur. Les entrées dans le bâtiment se font alors par de longs blocs rectangulaires.

Outre sa portée de 218 mètres, le bâtiment cumule de nombreux records, jusque là détenus par les hangars de l’aéroport de Marignane, concernant les tonnages de béton, d’armatures métalliques, de bois de coffrage,…

La demande de permis de construire est déposée le 16 novembre 1954 et le permis est accordé le 7 mai 1955. L’avis favorable du ministre est émis le 22 décembre 1954.

La construction de ce coquillage de béton, qui se déroule entre 1956 et 1958 durant 27 mois, mobilise quelques 500 ouvriers et ingénieurs.

Deux mois après la pose de la première pierre, le 8 juillet 1956, les travaux de fondations débutent. Les premiers planchers sont montés et suit la mise en place des échafaudages destinés à poser le coffrage des premiers éléments de la voute. Durant le chantier Emmanuel Pouvreau, toujours soucieux de la communication organise de nombreuses visites du chantier pour les journalistes spécialisés mais aussi pour des personnalités comme le ministre de l’industrie et du commerce. Au mois de février 1958, arrive le moment ultime pour les concepteurs du projet : le décintrement du premier tiers de la voûte. Cette opération est décisive, et validera ou non les calculs faits par les ingénieurs. Heureusement tout se passe bien, pendant cinq jours, l’opération mobilise neuf équipes d’ouvriers chacune dirigée par un ingénieur. Pour que la voûte soit décollée de son coffrage elle doit être soulevée par dix vérins dont chacun est capable de soulever 3 000 tonnes, l’équivalent du poids de la Tour Eiffel. Quatre mois plus tard, le second tiers est décintré avec le même succès. Mais malgré les heures supplémentaires, les nuits et weekends de travail, le dernier tiers est décintré le 25 septembre 1958, une dizaine de jours après l’inauguration de l’ouvrage. Alors que les travaux ne sont pas terminés, le CNIT est inauguré précipitamment le 12 septembre 1958 par le général De Gaulle et par son ministre de la Culture André Malraux qui déclare « Depuis les cathédrales gothiques, on n’a rien fait de semblable ».

Cette inauguration est faite à l’occasion du tout premier Salon de la machine-outil « Mécanélec » dont Emmanuel Pouvreau est le président. Dans les mois qui suivent, les façades vitrées conçues par Jean Prouvé sont posées et il faut attendre le mois de février 1959 pour que les trois façades soient recouvertes. La fin des travaux n’intervient en réalité qu’en avril 1959 avec l’inauguration du salon des Floralies Internationales.

Après le Salon Mécanélec, le CNIT accueillera de nombreux salons :

– Le salon Sicob (Salon des industries et du commerce de bureau) de 1958 à 1987

– Le salon  Nautique de 1962 à 1988

– Le salon des Arts Ménagers de 1961 à 1983

– Le salon International de l’alimentation de 1964 à 1966

– Le salon du Modélisme de 1979 à 1987

– Le salon International des Floralies en 1959 et en 1964

– Le salon Batimat en 1959, 1960, 1963, 1965, 1967 et 1969

Mais aussi le salon de l’Enfance, le salon du Prêt à Porter Féminin, le salon de la Chimie.

Le salon international des Floralies qui a été organisé par deux fois en 1959 et 1964 au sein du CNIT remporta un immense succès populaire. Lors de l’édition de 1959, environ 1 500 000 personnes se sont pressées durant les dix jours du salon du 21 avril au 3 mai pour découvrir le « plus grandiose ensemble floral sous la plus grande coupole du monde ». L’événement mondial  rassemble vingt nations, douze grandes villes et cinq cents professionnels de l’horticulture. Un million de plantes et dix millions de fleurs sont mises en scène. C’est à l’occasion de ce salon que l’intégralité de la surface, soit 70 000 m²  du CNIT est utilisé. En déplacement en France la reine Elizabeth d’Angleterre, marquera par sa visite du salon.

Le salon des Arts Ménagers est certainement l’un des salons qui a le plus marqué les visiteurs. Après avoir quitté le Grand Palais, trop petit en 1960, en pleine révolution domestique, ce salon qui se déroule de 1961 à 1983 au sein du CNIT est le lieu de présentation des dernières innovations pour la maison. De très nombreuses marques y sont présentes : Philips, Peugeot, SIF, Rotary, Birum, Westing House Electric, De Dietrich, Brandt,… L’immense succès populaire déclinera dans les années 70.

Le salon SICOB est créé par Max Hermieu dans l’esprit du salon Organisation Commerciale. Ce dernier avait débuté lors du premier Congrès International du Bureau Moderne, à l’initiative de la revue Mon bureau en 1910. Le SICOB a été de 1958 à 1987 (soit durant toute la première vie du CNIT) le lieu destiné aux chefs d’entreprise soucieux d’acquérir les dernières nouveautés pour le bureau. Parmi les très nombreuses innovations présentées durant trente ans : les premiers ordinateurs portables, le minitel,…

Après avoir été organisé au Grand Palais à Paris depuis 1950, le salon de l’Enfance, comme le salon des Arts Ménagers, déménage au CNIT en 1961. Il propose de très nombreuses activités aux jeunes comme des murs d’escalade, un King Kong géant, des reconstitutions de dinosaures, des vols en montgolfière, des espaces de créativité, etc..

Autre grand salon que le CNIT a hébergé de 1962 à 1988: le salon Nautique. C’était le rendez-vous de tous les passionnés de la navigation. Des dizaines de voiliers, catamarans,… sont présentés. En 1981, le salon est très remarqué par l’héliportage des flotteurs du trimaran d’Eric Tabarly. Trop encombrante pour être transportée entre les tours par camion, cette grande pièce est transportée par hélicoptère. Le reste du bateau venu en camion retrouvera son flotteur au CNIT pour y être assemblé.

A partir de 1970, face à la demande toujours plus importante d’espace et aux difficultés d’accès, les organisateurs des salons délaissent petit à petit le CNIT pour la Porte de Versailles. En 1985, le bâtiment n’est utilisé que 56 jours. Ce grand hall d’exposition subit alors le même sort que celui du Grand Palais à la fin des années 50.

 

Autre événement marquant au CNIT

Le 24 décembre 1960, une centaine de milliers de personnes se réunissent pour une messe de minuit, dans ce qui a été surnommé « la cathédrale des temps modernes ». Cette grand messe de la nativité est organisée à l’initiative de Louis Merlin. La grande voûte est sobrement décorée avec un autel entouré de rideaux beiges. En bas sur deux stands, deux grand écriteaux « confession hommes », « confession femmes ». Tino Rossi chante « Minuit, Chrétiens ». On entend Géori Boué, les Djinn’s, Duke Ellington, Jacqueline et Lucienne Boyer et Charles Trenet. François Périer lit l’évangile. Sur le balcon de gauche la procession des enfants de chœur s’avance lentement. Le succès de la cérémonie est tellement immense que les prêtres doivent couper les hosties en quatre pour satisfaire les communiants.

 

Suite de l’histoire du CNIT dans la fiche de la deuxième version du CNIT ici

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