CNIT (deuxième version)

Le CNIT

Face à la demande toujours plus importante d’espace et aux difficultés d’accès, les organisateurs des salons délaissent petit à petit le CNIT pour la Porte de Versailles. Ce grand hall d’exposition subit alors le même sort que celui du Grand Palais à la fin des années 50. En 1982 le conseil d’administration du CNIT, bien conscient des difficultés du hall d’exposition lance des consultations afin de donner une seconde vie et de nouvelles orientations au premier bâtiment du quartier d’affaires de La Défense. Une étude est confiée à la réflexion de SERI-Renault ingénierie, associé à l’époque à la conception du parc d’exposition de Paris-Villepinte. Le projet prévoit de conserver en partie l’activité d’exposition tout en modernisant le bâtiment pour héberger des salles de conférences ou de presse, des équipements pour accueillir des manifestations sportives ou culturelles,…

Une seconde étude portée par la Sari, le plus gros promoteur de La Défense à l’époque, aboutit à une autre proposition. Christian Pellerin, PDG de la Sari propose une reconversion radicale du bâtiment. Le promoteur s’inspirant des centres d’affaires américains regroupant sous le même toit (bureaux, salles de conférence, hôtels,…) souhaite créer un World Trade Center. L’homme souhaite faire mieux qu’aux Etats-Unis et voit dans le CNIT une fabuleuse opportunité. Pendant quatre ans Christian Pellerin teste avec succès son projet auprès des chefs d’entreprises, des organisations patronales et des responsables publics et tente de faire de même au conseil d’administration du CNIT. Mais les yeux doux du promoteur n’y font rien, aucune décision n’est prise. Entêté, l’homme fort de la Sari, aux côtés d’ACCOR, décide de lancer en décembre 1985 une première OPA sur la société propriétaire du CNIT. Une seconde OPA est lancée en 1986 par la Sari, toujours avec ACCOR à ses côtés mais également la société Bouygues qui rejoint le duo. L’OPA est officiellement déclarée réussie le 25 avril 1986. Le grand centre d’exposition voulu par Emmanuel Pouvreau va céder sa place au « World Trade Center » de la région Parisienne.

La Sari ne perd pas de temps et lance, pour son projet, une consultation auprès de quatorze agences d’architectes. En sortent vainqueurs Michel Andrault et Pierre Parat associés à Ennio Torrieri. Bernard Zehrfuss, l’un des trois architectes de l’ouvrage de la première version apporte sa caution et devient architecte consultant. Le programme est fixé, le nouveau CNIT comprendra : un palais des congrès, un centre d’expositions, des restaurants, une galerie marchande, un hôtel et enfin un marché permanent des technologies nouvelles d’information et de télécommunication (Infomart) sur 180 000 m².

Le projet de rénovation du Cnit - DR

Le projet de rénovation du Cnit – DR

« Je souhaite que le CNIT devienne le Beaubourg des affaires » déclare Christian Pellerin.

Voulant conserver l’aspect original de la voûte, les architectes du projet doivent exploiter la bizarrerie de l’ouvrage et construire sous ce grand coquillage. S’inspirant de ces villes sous bulle imaginées par la science-fiction ou des dômes géodésiques créés par l’architecte américain Richard Buckminster Fuller, leur projet consiste, en quelque sorte, à édifier une petite cité autonome et protégée dont le ciel n’est autre que la voûte de béton elle-même. La conception technique du bâtiment (20 000 plans) est réalisée sous la houlette de Patrice Elluin, le directeur général de SARI-Ingénierie, avec un système de gestion de l’information graphique utilisé pour la première fois au monde: la conception assistée par ordinateur ou CAO. Ceci explique comment le chantier du CNIT sera mené à terme dans le temps record de douze mois et douze jours très exactement! Admiratif, Bernard Zehrfuss écrira: « La rapidité et la précision d’exécution des travaux, obtenues grâce aux techniques de pointe utilisant toutes les possibilités que permet l’informatique, constitueront, sur le plan mondial, un événement comparable à celui de la construction de la voûte du CNIT ».

Les architectes imaginent un immeuble de cinq étages dont les volumes intérieurs se déclinent en formes circulaires et triangulaires. Les espaces d’Infomart et les commerces sont disposés en arc de cercle autour d’un atrium « la place du village ». Reposant sur des ossatures métalliques en inox, les façades en verre sont inclinées à 45 degrés pour laisser passer le plus possible de lumière naturelle. L’hôtel prend la forme d’un parallélépipède longeant la façade parvis du CNIT fermant ainsi la grande place intérieure. Au niveau inférieur, en plus des parkings trouvent place des salles de conférences et d’exposition ainsi que deux grands amphithéâtres, le Goethe de 750 places et le Léonard de Vinci de 1 200 places.

Depuis l’été 1988, les façades conçues par Bernard Zehrfuss sont démontées et le bâtiment est entièrement vidé, révélant au public la voute entièrement dépouillée. Le coquillage fera fantasmer beaucoup qui en admirent la « pureté architecturale ». Sept architectes : Mario Botta, Paul Chemetov, Borja Huidobro, Renzo Piano, Aldo Rossi, Alvaro Siza et James Stirling lancent un appel pour que la construction de Nicolas Esquillan soit respectée. « Est-il utile de combler cet espace fabuleux ? Ca ne valait pas la peine de créer une portée sans point d’appui si c’est pour y mettre un poteau tous les 5 mètres » déclare Paul Chemetov au quotidien Libération.

« Le problème est en vérité celui de la reconnaissance du XXème siècle, alors que l’architecture des siècles passés a maintenant acquis droit de cité. En 1820, on démolissait Cluny, ce que l’on n’aurait plus osé dix ans plus tard. C’est au moment où l’on détruisait les Halles de Paris que l’on a compris leur intérêt, même si, en expiation, Orsay a été restauré. On peut assurer que la même chose se produira au CNIT dès que l’on aura reconnu dans cette voûte, record du monde de portée libre, un chef-d’œuvre du XXème siècle. « Il est tout juste temps de se réconcilier avec notre temps » assène le collectif d’architectes.

Le nouveau CNIT héberge un hôtel Sofitel, des restaurants et une grande Fnac.

Le nouvel ensemble est inauguré par Christian Pellerin, le PDG de la Sari le 4 octobre 1989 en compagnie de 5 000 invités dont trois ministres (Edih Cresson, ministre des Affaires Européennes, Roger Fauroux, ministre de l’Industrie et Paul Quilès ministre des Postes, des télécommunications et de l’Espace). Le public s’émerveille devant les nouvelles technologies qui sont présentées. Le sigle du CNIT prend d’ailleurs une nouvelle signification: Centre des Nouvelles Industries et Technologies.

Mais la fête est de courte durée, le nouveau centre d’affaires High-tech ne rencontre pas le succès escompté notamment en raison du prix des loyers jugé trop important. Les 350 millions d’euros investis par la Sari, ACCOR et la Générale des Eaux sont loin d’être rentabilisés comme prévu. La crise immobilière du début des années 1990 n’arrange rien à la situation et l’espace Infomart se vide peu à peu de ses visiteurs. En revanche le centre d’expositions fonctionne relativement bien. Plusieurs manifestations sont organisées et le CNIT retrouve ses ambiances d’autrefois dans des espaces tout de même nettement plus petits.

Entre 1991 et 1995, le concours Miss France sera organisé au sein du CNIT.

En 1993, alors que la Sari est au plus mal, la Générale des Eaux espère céder une partie de ses parts au département des Hauts-de-Seine. Le conseil général vote en avril 1993 l’acquisition de la moitié du CNIT soit 97 242 m² pour un montant d’environ de 224 M€ échelonnés sur dix-huit ans. Le Conseil Général doit prendre les rênes de l’espace des conférences, des parkings et d’Infomart qu’il compte reconvertir en  un lieu culturel avec une fondation musicale, une médiathèque. La Générale des Eaux doit continuer à exploiter les commerces et l’hôtel.

 

L’opération de rachat capote, la Sari étant particulièrement touchée, la Générale des Eaux se résout donc à s’occuper en propre du CNIT. Le CNIT est certifié à la CGIS. Pour arrêter la spirale des déficits, les nouveaux responsables décident de s’attaquer d’abord au fond du problème Infomart dont le concept a tourné au fiasco. Les 40 000 m² de show-rooms doivent désormais s’ouvrir à d’autres secteurs que ceux de l’informatique. En 1996, le CNIT commence à sortir la tête de l’eau avec l’installation du centre de formation de l’ESSEC, la chaine de télévision RTL 9 et l’espace ELEC. L’équilibre financier du bâtiment est retrouvé en 1997 et l’année suivante le CNIT fête avec fierté ses 40 bougies en s’offrant une exposition et un numéro spécial du magazine Paris-Match. A la veille de l’an 2000, en 1999, la Générale des Eaux, devenue Vivendi, décide de se séparer d’une part importante de son portefeuille immobilier en cédant notamment la tour Ariane, le Carrousel du Louvre au groupe Unibail pour un montant de 915 M€.

 

Suite de l’histoire du CNIT dans la fiche de la troisième version du CNIT ici

Articles similaires