Soixante-ans plus tard le Cnit garde toute sa superbe

Le Cnit, plus vieux bâtiment de La Défense fête ce mercredi 12 septembre son soixantième anniversaire. Soixante ans plus tard et après deux rénovations la coquille de béton reste une prouesse technique.

La grande voûte en béton du Cnit fête ses soixante ans ce mardi 12 septembre 2018 - Defense-92.fr

C’est le plus vieux de tous les bâtiments du quartier d’affaires et il fête ce mercredi 12 septembre son soixantième anniversaire. Véritable monument, le CNIT (Centre des Nouvelles Industries et des Techniques) se veut être le symbole du savoir-faire de l’ingénierie française après la seconde guerre mondiale. Emmanuel Pouvreau, président du syndicat des constructeurs de machines-outils rêve d’un grand centre d’exposition pour les industries. Le besoin de toujours plus de place pour les salons et le Grand Palais de Paris devenu trop exigu motiveront son choix. C’est en 1950 que l’homme acquiert le terrain de l’usine Zodiac au niveau du rond-point de La Défense alors que les premiers projets d’aménagement d’un quartier d’affaires à l’ouest de Paris émergent.

Emmanuel Pouvreau confie la réalisation du bâtiment aux architectes Robert Camelot, Jean de Mailly et Bernard Zehrfuss, la réalisation de la façade-rideau est confiée à Jean Prouvé. Ce dernier, assisté de son fils Claude Prouvé conçoivent les trois façades vitrées en utilisant une structure métallique sur laquelle prennent appui des montants en acier inoxydable auxquels sont fixés des panneaux de verre rectangulaires.

Pour la réalisation technique de l’ouvrage les architectes font appel à Bernard Laffaille préféré à l’italien Pier Luigi Nervi qui travaille parallèlement au projet du Palais de l’Unesco à Paris dans le 7ème. Laffaille élabore alors avec ses trois confrères le projet d’une vaste voûte reposant uniquement sur trois points d’appui et couvrant le terrain triangulaire. Contacté pour la phase exécution, Eugène Freyssinet est devancé à la fin 1955 par l’ingénieur Nicolas Esquillan inventeur de la double-coque en voile mince avec raidisseurs, comme une aile d’avion qui est jugée plus économique et respectueuse de l’esprit du projet.

Les architectes sortent de leur imagination une grande voute triangulaire autoportante en béton armé de 22 500 mètres carrés pour seulement 6 cm d’épaisseur et 218 mètres de portée constituant un record du monde. Cette voûte repose sur 3 culées de béton de 84 tonnes reliées entre elles par 44 tirants de câbles d’acier. Chacune des trois façades mesure 220 mètres; au plus haut la voute trône à 50 mètres de hauteur. Les entrées dans le bâtiment se font alors par de longs blocs rectangulaires.

Outre sa portée de 218 mètres, le bâtiment cumule de nombreux records, jusque-là détenus par les hangars de l’aéroport de Marignane, concernant les tonnages de béton, d’armatures métalliques, de bois de coffrage,…

La demande de permis de construire est déposée le 16 novembre 1954 et le permis est accordé le 7 mai 1955. L’avis favorable du ministre est émis le 22 décembre 1954.

La construction de ce coquillage de béton, qui se déroule entre 1956 et 1958 durant 27 mois, mobilise quelques 500 ouvriers et ingénieurs.

Deux mois après la pose de la première pierre, le 8 juillet 1956, les travaux de fondations débutent. Les premiers planchers sont montés et suit la mise en place des échafaudages destinés à poser le coffrage des premiers éléments de la voute. Durant le chantier Emmanuel Pouvreau, toujours soucieux de la communication organise de nombreuses visites du chantier pour les journalistes spécialisés mais aussi pour des personnalités comme le ministre de l’industrie et du commerce. Au mois de février 1958, arrive le moment ultime pour les concepteurs du projet : le décintrement du premier tiers de la voûte. Cette opération est décisive, et validera ou non les calculs faits par les ingénieurs. Heureusement tout se passe bien, pendant cinq jours, l’opération mobilise neuf équipes d’ouvriers chacune dirigée par un ingénieur. Pour que la voûte soit décollée de son coffrage elle doit être soulevée par dix vérins dont chacun est capable de soulever 3 000 tonnes, l’équivalent du poids de la Tour Eiffel. Quatre mois plus tard, le second tiers est décintré avec le même succès. Mais malgré les heures supplémentaires, les nuits et weekends de travail, le dernier tiers est décintré le 25 septembre 1958, une dizaine de jours après l’inauguration de l’ouvrage. Cette inauguration, se fait précipitamment le 12 septembre 1958 par le général De Gaulle et par son ministre de la Culture André Malraux qui déclare « Depuis les cathédrales gothiques, on n’a rien fait de semblable ».

Ce coupé de ruban se déroule trois jours après la signature du décret créant officiellement l’Établissement Public d’Aménagement de région de La Défense (Epad). Cette toute nouvelle structure aura alors comme mission pour les trente années à suivre l’aménagement d’un vaste territoire de 160 hectares à cheval sur les communes de Puteaux et Courbevoie pour la zone A et de plus de 600 hectares à Nanterre pour ladite zone B. L’établissement doit alors s’autofinancer en vendant des « droits à construire » aux promoteurs d’immeubles de bureaux et logements afin de réaliser les très nombreuses infrastructures. Son mandat a été reconduit une première fois jusqu’en 1992 afin de poursuivre l’aménagement du quartier au-delà de l’Arche de la Défense. Par la suite l’EPAD a vu son existence prolongée successivement jusqu’en 2007, jusqu’en 2010, et enfin jusqu’en 2015. L’histoire du quartier qui fête par la même occasion ses soixante-ans en ce mois de septembre 2018 est à retrouver ici.

Cette inauguration est faite à l’occasion du tout premier Salon de la machine-outil « Mécanélec » dont Emmanuel Pouvreau est le président. Dans les mois qui suivent, les façades vitrées conçues par Jean Prouvé sont posées et il faut attendre le mois de février 1959 pour que les trois façades soient recouvertes. La fin des travaux n’intervient en réalité qu’en avril 1959 avec l’inauguration du salon des Floralies Internationales.

Après le Salon Mécanélec, le Cnit accueillera de nombreux salons :

  • Le salon Sicob (Salon des industries et du commerce de bureau) de 1958 à 1987
  • Le salon  Nautique de 1962 à 1988
  • Le salon des Arts Ménagers de 1961 à 1983
  • Le salon International de l’alimentation de 1964 à 1966
  • Le salon du Modélisme de 1979 à 1987
  • Le salon International des Floralies en 1959 et en 1964
  • Le salon Batimat en 1959, 1960, 1963, 1965, 1967 et 1969
  • Mais aussi le salon de l’Enfance, le salon du Prêt à Porter Féminin, le salon de la Chimie.

Le salon international des Floralies qui a été organisé par deux fois en 1959 et 1964 au sein du Cnit remporta un immense succès populaire. Lors de l’édition de 1959, environ 1 500 000 personnes se sont pressées durant les dix jours du salon du 21 avril au 3 mai pour découvrir le « plus grandiose ensemble floral sous la plus grande coupole du monde ». L’événement mondial  rassemble vingt nations, douze grandes villes et cinq cents professionnels de l’horticulture. Un million de plantes et dix millions de fleurs sont mises en scène. C’est à l’occasion de ce salon que l’intégralité de la surface, soit 70 000 mètres carrés  du Cnit est utilisé. En déplacement en France la reine Elizabeth d’Angleterre, marquera par sa visite du salon.

Le salon des Arts Ménagers est certainement l’un des salons qui a le plus marqué les visiteurs. Après avoir quitté le Grand Palais, trop petit en 1960, en pleine révolution domestique, ce salon qui se déroule de 1961 à 1983 au sein du Cnit est le lieu de présentation des dernières innovations pour la maison. De très nombreuses marques y sont présentes : Philips, Peugeot, SIF, Rotary, Birum, Westing House Electric, De Dietrich, Brandt,… L’immense succès populaire déclinera dans les années 70.

Le salon SICOB est créé par Max Hermieu dans l’esprit du salon Organisation Commerciale. Ce dernier avait débuté lors du premier Congrès International du Bureau Moderne, à l’initiative de la revue Mon bureau en 1910. Le SICOB a été de 1958 à 1987 (soit durant toute la première vie du Cnit) le lieu destiné aux chefs d’entreprise soucieux d’acquérir les dernières nouveautés pour le bureau. Parmi les très nombreuses innovations présentées durant trente ans : les premiers ordinateurs portables, le minitel,…

Après avoir été organisé au Grand Palais à Paris depuis 1950, le salon de l’Enfance, comme le salon des Arts Ménagers, déménage au Cnit en 1961. Il propose de très nombreuses activités aux jeunes comme des murs d’escalade, un King Kong géant, des reconstitutions de dinosaures, des vols en montgolfière, des espaces de créativité, etc..

Autre grand salon que le Cnit a hébergé de 1962 à 1988: le salon Nautique. C’était le rendez-vous de tous les passionnés de la navigation. Des dizaines de voiliers, catamarans,… sont présentés. En 1981, le salon est très remarqué par l’héliportage des flotteurs du trimaran d’Eric Tabarly. Trop encombrante pour être transportée entre les tours par camion, cette grande pièce est transportée par hélicoptère. Le reste du bateau venu en camion retrouvera son flotteur au Cnit pour y être assemblé.

A partir de 1970, face à la demande toujours plus importante d’espace et aux difficultés d’accès, les organisateurs des salons délaissent petit à petit le Cnit pour la Porte de Versailles. En 1985, le bâtiment n’est utilisé que 56 jours. Ce grand hall d’exposition subit alors le même sort que celui du Grand Palais à la fin des années 50.

Le 24 décembre 1960, une centaine de milliers de personnes se réunissent pour une messe de minuit, dans ce qui a été surnommé « la cathédrale des temps modernes ». Cette grand messe de la nativité est organisée à l’initiative de Louis Merlin. La grande voûte est sobrement décorée avec un autel entouré de rideaux beiges. En bas sur deux stands, deux grand écriteaux « confession hommes », « confession femmes ». Tino Rossi chante « Minuit, Chrétiens ». On entend Géori Boué, les Djinn’s, Duke Ellington, Jacqueline et Lucienne Boyer et Charles Trenet. François Périer lit l’évangile. Sur le balcon de gauche la procession des enfants de chœur s’avance lentement. Le succès de la cérémonie est tellement immense que les prêtres doivent couper les hosties en quatre pour satisfaire les communiants.

Face à la demande toujours plus importante d’espace et aux difficultés d’accès, les organisateurs des salons délaissent petit à petit le Cnit pour la Porte de Versailles. Ce grand hall d’exposition subit alors le même sort que celui du Grand Palais à la fin des années 50. En 1982 le conseil d’administration du Cnit, bien conscient des difficultés du hall d’exposition lance des consultations afin de donner une seconde vie et de nouvelles orientations au premier bâtiment du quartier d’affaires de La Défense. Une étude est confiée à la réflexion de SERI-Renault ingénierie, associé à l’époque à la conception du parc d’exposition de Paris-Villepinte. Le projet prévoit de conserver en partie l’activité d’exposition tout en modernisant le bâtiment pour héberger des salles de conférences ou de presse, des équipements pour accueillir des manifestations sportives ou culturelles,…

Une seconde étude portée par la Sari, le plus gros promoteur de La Défense à l’époque, aboutit à une autre proposition. Christian Pellerin, PDG de la Sari propose une reconversion radicale du bâtiment. Le promoteur s’inspirant des centres d’affaires américains regroupant sous le même toit (bureaux, salles de conférence, hôtels,…) souhaite créer un World Trade Center. L’homme souhaite faire mieux qu’aux Etats-Unis et voit dans le Cnit une fabuleuse opportunité. Pendant quatre ans Christian Pellerin teste avec succès son projet auprès des chefs d’entreprises, des organisations patronales et des responsables publics et tente de faire de même au conseil d’administration du Cnit. Mais les yeux doux du promoteur n’y font rien, aucune décision n’est prise. Entêté, l’homme fort de la Sari, aux côtés d’ACCOR, décide de lancer en décembre 1985 une première OPA sur la société propriétaire du Cnit. Une seconde OPA est lancée en 1986 par la Sari, toujours avec ACCOR à ses côtés mais également la société Bouygues qui rejoint le duo. L’OPA est officiellement déclarée réussie le 25 avril 1986. Le grand centre d’exposition voulu par Emmanuel Pouvreau va céder sa place au « World Trade Center » de la région Parisienne.

La Sari ne perd pas de temps et lance, pour son projet, une consultation auprès de quatorze agences d’architectes. En sortent vainqueurs Michel Andrault et Pierre Parat associés à Ennio Torrieri. Bernard Zehrfuss, l’un des trois architectes de l’ouvrage de la première version apporte sa caution et devient architecte consultant. Le programme est fixé, le nouveau Cnit comprendra : un palais des congrès, un centre d’expositions, des restaurants, une galerie marchande, un hôtel et enfin un marché permanent des technologies nouvelles d’information et de télécommunication (Infomart) sur 180 000 mètres carrés.

Le projet de rénovation du Cnit - DR

Le projet de rénovation du Cnit – DR

« Je souhaite que le Cnit devienne le Beaubourg des affaires » déclare Christian Pellerin.

Voulant conserver l’aspect original de la voûte, les architectes du projet doivent exploiter la bizarrerie de l’ouvrage et construire sous ce grand coquillage. S’inspirant de ces villes sous bulle imaginées par la science-fiction ou des dômes géodésiques créés par l’architecte américain Richard Buckminster Fuller, leur projet consiste, en quelque sorte, à édifier une petite cité autonome et protégée dont le ciel n’est autre que la voûte de béton elle-même. La conception technique du bâtiment (20 000 plans) est réalisée sous la houlette de Patrice Elluin, le directeur général de SARI-Ingénierie, avec un système de gestion de l’information graphique utilisé pour la première fois au monde: la conception assistée par ordinateur ou CAO. Ceci explique comment le chantier du Cnit sera mené à terme dans le temps record de douze mois et douze jours très exactement! Admiratif, Bernard Zehrfuss écrira: « La rapidité et la précision d’exécution des travaux, obtenues grâce aux techniques de pointe utilisant toutes les possibilités que permet l’informatique, constitueront, sur le plan mondial, un événement comparable à celui de la construction de la voûte du Cnit ».

Les architectes imaginent un immeuble de cinq étages dont les volumes intérieurs se déclinent en formes circulaires et triangulaires. Les espaces d’Infomart et les commerces sont disposés en arc de cercle autour d’un atrium « la place du village ». Reposant sur des ossatures métalliques en inox, les façades en verre sont inclinées à 45 degrés pour laisser passer le plus possible de lumière naturelle. L’hôtel prend la forme d’un parallélépipède longeant la façade parvis du Cnit fermant ainsi la grande place intérieure. Au niveau inférieur, en plus des parkings trouvent place des salles de conférences et d’exposition ainsi que deux grands amphithéâtres, le Goethe de 750 places et le Léonard de Vinci de 1 200 places.

Depuis l’été 1988, les façades conçues par Bernard Zehrfuss sont démontées et le bâtiment est entièrement vidé, révélant au public la voute entièrement dépouillée. Le coquillage fera fantasmer beaucoup qui en admirent la « pureté architecturale ». Sept architectes : Mario Botta, Paul Chemetov, Borja Huidobro, Renzo Piano, Aldo Rossi, Alvaro Siza et James Stirling lancent un appel pour que la construction de Nicolas Esquillan soit respectée. « Est-il utile de combler cet espace fabuleux ? Ca ne valait pas la peine de créer une portée sans point d’appui si c’est pour y mettre un poteau tous les 5 mètres » déclare Paul Chemetov au quotidien Libération.

« Le problème est en vérité celui de la reconnaissance du XXème siècle, alors que l’architecture des siècles passés a maintenant acquis droit de cité.En 1820, on démolissait Cluny, ce que l’on n’aurait plus osé dix ans plus tard. C’est au moment où l’on détruisait les Halles de Paris que l’on a compris leur intérêt, même si, en expiation, Orsay a été restauré. On peut assurer que la même chose se produira au Cnit dès que l’on aura reconnu dans cette voûte, record du monde de portée libre, un chef-d’œuvre du XXème siècle. Il est tout juste temps de se réconcilier avec notre temps », assène le collectif d’architectes.

Le nouveau Cnit héberge un hôtel Sofitel, des restaurants et une grande Fnac.

Le nouvel ensemble est inauguré par Christian Pellerin, le PDG de la Sari le 4 octobre 1989 en compagnie de 5 000 invités dont trois ministres (Edith Cresson, ministre des Affaires Européennes, Roger Fauroux, ministre de l’Industrie et Paul Quilès ministre des Postes, des télécommunications et de l’Espace). Le public s’émerveille devant les nouvelles technologies qui sont présentées. Le sigle du « CNIT » prend d’ailleurs une nouvelle signification: Centre des Nouvelles Industries et Technologies.

Mais la fête est de courte durée, le nouveau centre d’affaires High-tech ne rencontre pas le succès escompté notamment en raison du prix des loyers jugé trop important. Les 350 millions d’euros investis par la Sari, ACCOR et la Générale des Eaux sont loin d’être rentabilisés comme prévu. La crise immobilière du début des années 1990 n’arrange rien à la situation et l’espace Infomart se vide peu à peu de ses visiteurs. En revanche le centre d’expositions fonctionne relativement bien. Plusieurs manifestations sont organisées et le Cnit retrouve ses ambiances d’autrefois dans des espaces tout de même nettement plus petits.

Entre 1991 et 1995, le concours Miss France sera organisé au sein du Cnit.

En 1993, alors que la Sari est au plus mal, la Générale des Eaux espère céder une partie de ses parts au département des Hauts-de-Seine. Le conseil général vote en avril 1993 l’acquisition de la moitié du Cnit soit 97 242 mètres carrés pour un montant d’environ de 224 M€ échelonnés sur dix-huit ans. Le Conseil Général doit prendre les rênes de l’espace des conférences, des parkings et d’Infomart qu’il compte reconvertir en  un lieu culturel avec une fondation musicale, une médiathèque. La Générale des Eaux doit continuer à exploiter les commerces et l’hôtel.

Au moment où le nouveau propriétaire du Cnit, Unibail acquiert le bâtiment, la situation financière est certes redressée mais le bâtiment a vieilli prématurément et ressemble toujours à un vaisseau fantôme. L’ancien espace Infomart est inadapté pour les bureaux, le centre des congrès est mal exploité. Pour la partie commerciale, hormis la Fnac, qui depuis son ouverture est l’attrait principal du Cnit, l’offre commerciale est incomplète. Souhaitant valoriser son nouvel investissement, Unibail réfléchit dès 2000 à une rénovation du Cnit. La foncière opte pour un projet de restructuration et non une reconstruction. Les études de réaménagement du Cnit débutent en 2001 avec le concours de Pierre Parat, l’un des architectes de la première rénovation entre 1987 et 1989. En 2003 est organisée une consultation pour les espaces de bureaux à laquelle les cabinets d’architecte Brullman-Crochon, Claude Vasconi, Jacques Ferrier, Elizabeth Naud et Luc Poux sont invités.Tous répondent et font des propositions appréciées même si certaines sont plutôt farfelues comme l’implantation d’un cours de tennis ou encore le projet de dorer entièrement la voûte intérieure du Cnit.

Le jury désigne finalement les réponses apportées par Pierre Parat associé au duo d’architectes Cuno Brullmann et Jean-Luc Crochon. Le projet proposé par le trio d’architectes ne vise donc qu’une nouvelle rénovation des espaces issus de la rénovation de 1989. La mue est toutefois profonde: l’ancien espace Infomart est entièrement reconverti en bureaux aérés et lumineux. Une grande faille verticale est créée permettant la liaison entre la grande place centrale et la nouvelle partie de bureaux. Quatre ascenseurs panoramiques et des passerelles de verre desservent les étages. Au niveau du plancher bas est aménagé un jardin intérieur. 21 000 mètres carrés de bureaux sont ainsi créés sur quatre niveaux répartis en plateaux de 5 000 mètres carrés.

Toute la façade vitrée en fer à cheval bordant la grande place est revue avec de nouveaux éléments vitrés extra-blanc.

Toujours installé sur quatre niveaux en sous-sols, l’espace d’exposition et de conférences est réorganisé et modernisé. De vastes emmarchements enveloppés d’un parement d’aluminium aux angles arrondis avec de grandes lettres lumineuses pour signalétique, conduisent aux nouveaux halls.

L’autre partie majeure de la rénovation consiste à améliorer l’offre commerciale en l’élargissant. Un second niveau, le niveau jardin est créé. Avec un sol en parquet, il prend place au niveau inférieur de la dalle et propose un Monoprix, une extension de la Fnac, un Habitat, un Naturalia,… ainsi que des restaurants. Ce niveau relié par des escaliers et des escalators est désormais l’accès principal à l’espace d’exposition et de conférence Viparis. L’ancienne place du Village également appelée place André Malraux devient le niveau Parvis et propose également plus de commerces, notamment un grand Décathlon, et des restaurants. La façade de l’hôtel Hilton (anciennement Sofitel devenu Hilton en 2002 après un appel d’offre par Unibail) est, elle, simplement rafraîchie.

Courant 2006, les études de faisabilité et démarches administratives effectuées, les travaux débutent. Toute la complexité de l’opération consistera à évoluer en milieu occupé. Durant toute la période des travaux de rénovation le bâtiment qui s’apprête à fêter ses 50 ans doit rester ouvert tout comme pour la rénovation des Quatre Temps, (également propriété d’Unibail devenu Unibail-Rodamco en 2007) à la même période. Seul l’espace de conférence et d’exposition fermera quelques semaines pour les travaux, la Fnac et les autres commerces et restaurants ainsi que l’hôtel Hilton et l’école ESSEC restent ouverts. Les parkings sont eux aussi rénovés.

Une nouvelle liaison est créée entre la gare Cœur Transports et le Cnit via le niveau Jardin. Deux tubes en verre coloré et deux paliers d’escaliers ou escalators permettent la liaison entre les deux ouvrages.

A l’extérieur du bâtiment, des patios sont créés sur la façade du Parvis. Le Cnit est désormais relié par des passerelles libérant ainsi l’ouvrage d’une structure qui encombrait sa façade. De grandes lettres blanches « CNIT » trônent désormais sur le parvis devant l’ouvrage. Les éléments vitrés des deux bâtiments en arc de cercle qui s’avancent à l’avant du Cnit sont déposés.

Unibail-Rodamco profite de cette mutation pour « reblanchir » la voûte extérieure du Cnit. C’est un énorme défi pour le propriétaire du Cnit. La grande voûte de 22 500 mètres carrés de ce bâtiment triangulaire avait reçu de très nombreux traitements  depuis 1959, mais aucun d’entre eux n’avait tenu dans le temps. Pour l’isolation, une innovation mondiale est mise en place par des sociétés françaises, SECC et Batecmo; cautionnée initialement par Henri Gottesdiener, l’un des plus grands spécialistes internationaux du béton, et entérinée par SETEC TPI, c’est une modélisation aux éléments finis de la voûte qui a été choisie. Quelque 1 600 mètres cubes d’isolant en verre cellulaire recouvert d’un complexe bitumeux et d’une membrane en PVC blanche sont posés sur le toit du Cnit par des nacelles télescopiques et des échafaudages spécialement conçus pour ce chantier. Deux années de travaux sont nécessaires pour ce chantier hors du commun.

Le Cnit est inauguré pour la troisième fois le 21 octobre 2009 par Guillaume Poitrinal, le PDG d’Unibail-Rodamco, Patrick Devedjian, président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, de Defacto et de l’Epadesa ainsi que par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, la maire de Puteaux. L’inauguration est accompagnée par un concert de Patrick Bruel.

Une grande partie de bureaux est désormais occupée par la filiale de la SNCF (VFE) sur 22 146 mètres carrés.

Depuis octobre 2010, suite au classement du quartier de La Défense en zone touristique, les boutiques du Cnit ainsi que celles des 4 Temps ont l’autorisation d’ouverture tous les dimanches.

Fermé depuis 2015 en raison des travaux de prolongement du RER E et de la construction de la nouvelle gare de La Défense sous le Cnit, les espaces de conférences ont cédé leur place à Cnit Move un espace qui réunit des activités de loisirs comme de l’escalade ou de l’escape game.